J’ai assisté au lancement de Curiosity !

Quelqu’un peut me dire si j’ai rêvé ce qui m’est arrivé la semaine dernière ou si c’est vraiment arrivé ? Ca me parait déjà tellement loin… Suis-je vraiment allée en Floride ? Ai-je vraiment assisté à ça ?

Je rembobine le film, j’essaye de vous faire vivre ce que j’ai vécu.

La sélection

Tout a commencé lorsque j’ai postulé pour assister au Tweetup de la NASA organisé à l’occasion du lancement du Rover martien Curiosity. Je ne sais pas exactement quelle force m’a poussée à postuler. Je me souviens juste d’une très forte envie de voir un lancement de mes yeux. Comme je pars toujours du principe qu’en étant pessimiste je suis moins déçue qu’en étant optimiste, je ne voulais pas imaginer que je serais sélectionnée. Je n’ai presque pas pensé au tweetup pendant la semaine qui a suivi l’envoi de ma candidature. Au moins les 5 premiers jours. Je me refusais d’y penser, toujours de peur d’être déçue. Mais le jour de l’annonce du choix des heureux élus approchant, j’ai eu du mal à garder mon calme. Le mercredi 12 octobre (cette date je ne l’oublierai pas), j’ai dû vérifier des centaines de fois ma boite de réception sur mon téléphone (en dépit de ce que m’avait dit une copine -elle se reconnaîtra- que ça ne fait pas arriver un mail plus vite). J’avais lu sur le compte @NASATweetup qu’un tweet serait posté avant l’envoi des mails. Pendant toute l’après-midi et la soirée j’ai passé mon temps à naviguer entre twitter et gmail, attendant un signe qui ne venait pas. Lorsque je me suis décidée à me coucher vers 1h du matin, personne n’avait encore rien reçu. C’est à mon réveil le lendemain matin, que j’ai découvert avec joie que j’avais été sélectionnée.

Qu’est-ce qu’un Tweetup ?

Je définis d’abord twitter. Je pense que peu de mes amis de la vraie vie connaissent ce moyen de communication. Il s’agit d’un site internet sur lequel on peut poster des messages qui ne doivent pas dépasser 140 caractères (encore plus petit que la taille d’un SMS donc). Lorsqu’on arrive sur twitter la première fois c’est déroutant, on ne sait pas par où commencer. On peut s’abonner (suivre / follow) aux tweets de personnalités connues, de journaux d’actualités, de bloggeurs ou de ses propres copains par exemple. Lorsqu’une personne que l’on suit/follow émet un tweet, celui-ci apparait sur notre « mur » (pour reprendre une notion de Facebook, le terme exact étant Timeline). Ce n’est donc pas nous qui recherchons l’information, c’est elle qui s’affiche toute seule.

Un tweetup de manière générale c’est donc une rencontre en réel de personnes qui se côtoient sur twitter.

Afin de promouvoir l’espace, la NASA organise des tweetups depuis janvier 2009 (liste de tous les tweetups de la NASA). Celui de Mars Science Laboratory était le 31ème. A chaque évènement marquant, elle invite un groupe plus ou moins grand de tweeps (les personnes qui sont sur twitter) abonnés aux comptes twitter de la NASA à se rencontrer en réel. Au cours de ces rencontres, des conférences sont organisées en rapport avec l’évènement lié au tweetup. Parfois il s’agit d’un lancement (GRAIL, JUNO pour ne citer que les derniers), parfois un ou plusieurs astronautes qui narrent leur expérience (Le colonel Doug Wheelock@Astro_Wheels – a eu droit à un tweetup à lui tout seul, plus récemment deux des membres de l’équipage de la dernière mission de navette spatiale (STS-135) ont été également les sujets d’un tweetup).
En contrepartie de cette invitation, les tweeps doivent relayer sur twitter ce qu’ils voient/entendent au cours de la conférence. Il s’agit d’une opération de communication visant à fédérer un maximum de personnes autour des missions et du programme spatial.

Quelques mots sur la mission Mars Science Laboratory

Credit : Science@NASA

Credit : Science@NASA

La mission MSL consiste à envoyer sur Mars un rover, baptisé Curiosity, dont le rôle est de déterminer si les conditions ont déjà été réunies pour permettre l’apparition de la vie. Le rover, qui doit atteindre la planète rouge en Août 2012, possède dix instruments. Parmi eux, deux on fait l’objet d’une contribution française et seront pilotés en temps réel depuis Toulouse : le ChemCam (Chemistry Camera) va abraser la roche avec son rayon laser et faire une analyse à distance de sa composition chimique grâce à un spectromètre et le SAM GC (Sample Analysis at Mars Gas Chromatograph) permet de faire des analyses in situ du sol. Ce Rover est le plus gros et le plus lourd jamais envoyé sur Mars : il pèse 900kg et fait la taille d’une petite voiture (3m de long par 2,7m de large et 2,1m de haut). Sa mission doit durer une année martienne (soit 687 jours ce qui correspond à environ deux années terrestres). Curiosity doit atterrir dans le cratère Gale au centre duquel se situe une montagne de 5000m de haut. Sa taille et son poids ne permettant pas de le faire atterrir grâce à des « airbags » comme cela était le cas pour les précédents rovers (Spirit et Opportunity), un nouveau système devant permettre un atterrissage plus précis a été inventé.

Maintenant que les bases sont posées, revenons à notre tweetup.

Le planning initial indiquait un lancement le vendredi 25 novembre avec deux jours de tweetup le 23 et le 25. J’avais donc réservé mes billets d’avion pour le lundi 21 novembre avec un retour le dimanche 27. Mes billets n’étant ni modifiables, ni remboursables, j’ai eu quelques sueurs froides lorsque j’ai appris trois jours avant mon départ que le lancement était reporté d’une journée. Stéphanie Schierholz qui organise le tweetup nous avait avertis par email qu’il était possible que le 1er jour du tweetup soit décalé au vendredi. J’ai passé un très mauvais week-end, craignant que le tweetup n’ait pas lieu cette semaine-là dans le cas où il y ait un report supplémentaire du lancement. Que je manque le lancement était une chose, que je vienne en Floride « pour rien » en était une autre. J’étais tout à coup beaucoup moins motivée pour préparer mes valises.

Entre Miami et Orlando

Entre Miami et Orlando

 

Notre emploi du temps sur place n’étant toujours pas défini dimanche soir, je suis quand même partie le lundi comme prévu. Ce fut l’une des journées les plus longues de ma vie : réveil à 5h le lundi matin, je me suis couchée près de 24h plus tard. Cependant l’avion n’était pas plein et j’ai pu dormir un peu en m’allongeant sur les deux sièges.

 

J’ai retrouvé Séverine (@MelleKetchup) à Orlando et nous avons fait la route jusqu’à l’hôtel qui se situait à Cocoa Beach, petite ville côtière située à environ 95km au sud-ouest d’Orlando sur une petite bande de terre coincée entre l’Atlantique et un bras de mer. A cet endroit-là de la Floride la côte fait comme une dentelle et de longues routes relient les différentes « îles ».

 

Une maquette de la navette et son pas de tir au US Space Walk of Fame Museum de Titusville

Une maquette de la navette et son pas de tir au US Space Walk of Fame Museum de Titusville

Mardi 22 novembre, dans la matinée, nous avons fait un petit tour à Titusville où il n’y a pas grand chose à faire. La ville sert principalement de dortoir pour les touristes qui viennent visiter le Centre Spatial Kennedy ou pour les salariés qui travaillent à Cape Canaveral. Ne sachant pas trop ce qu’on pouvait visiter sur place, j’ai demandé conseil à @Brigitte_Ba sur twitter qui nous a orientées vers le US Space Walk of Fame Museum, un musée dédié à la gloire des missions Mercuri, Gemini, Apollo et des navettes spatiales américaines. Des anciens du centre spatial s’occupent bénévolement du musée. L’un d’eux faisait partie de l’équipe de sauvetage qui se tenait prêt à intervenir lors des décollages des navettes. Beaucoup d’objets récupérés de ci de là jonchaient les murs et le sol de ce musée. Nous avons même pu voir le panneau d’ouverture de la trappe du parachute d’une navette (trappe qui est « ouverte » par des explosifs pour libérer le parachute à l’atterrissage). La visite nous a vraiment enchantées, Séverine et moi, et nous y avons passé un bon moment en compagnie de ces passionnés.

Fusée Mercury / Redstone

Fusée Mercury / Redstone

Après un déjeuner au Burger King de la ville (J’adore les Whooper) nous nous sommes rendues au Kennedy Space Center pour y récupérer nos badges. En effet, le lieu où se déroule le tweetup est en accès restreint et seules les personnes autorisées peuvent s’y rendre. Le bâtiment des badges est facilement repérable : une fusée Mercury / Redstone se trouve juste devant. Il s’agit de la fusée qui a emmené Alan Shepard pour le premier vol habité dans l’espace.

Le premier des rendez-vous informels qui étaient programmés pendant cette semaine était un dîner dans un restaurant de Titusville avec une quarantaine d’autres tweeps. Je sais de ma courte expérience qu’il ne faut pas rater ce genre d’évènement : cela permet de faire une première rencontre des personnes avec lesquelles on va vivre le tweetup et souder un peu plus le groupe.

Les mascottes : @spacehuggie @spacetweepmiep et @astro_chimp

Les mascottes : @spacehuggie @spacetweepmiep et @astro_chimp

La soirée a été très agréable. J’avais emmené avec moi @SpaceHuggie, la mascotte née à l’issue du 1er SpaceTweetup de l’ESA/DLR à Cologne en septembre, que m’avait confiée Virginie. Il était accompagné par une autre mascotte d’origine néerlandaise : @SpaceTweepMiep dont le but est de voyager de Space tweetup en Space tweetup. Les deux mascottes ont rencontré @Astro_Chimp qui comme son nom l’indique est un singe astronaute.

 

 

Fusée Saturn V

Fusée Saturn V

Mercredi 23 Novembre, nous sommes parties, Séverine et moi, à la découverte du Kennedy Space Center (KSC ou Centre Spatial Kennedy). L’entrée au Visitor Complex incluait un tour en bus avec observation à distance des pas de tir ainsi qu’une visite du Centre Apollo / Saturn V qui est un énorme musée dédié à la fusée Saturn V et aux missions Apollo. A l’intérieur du bâtiment se trouve notamment une vraie fusée Saturn V dont on peut facilement appréhender la taille puisqu’elle est exposée à l’horizontal. De retour au Visitor Complex nous avons pu vivre l’expérience d’un décollage en navette spatiale (The Shuttle Launch Experience). Il parait que la simulation est réaliste, en tout cas c’est très sympa à faire. Je n’en dévoile pas trop, pour garder la surprise pour ceux qui voudraient le faire un jour. Puis nous avons visité l’exposition sur MSL.

Le Rover Curiosity exposé au KSC Visitor Complex

Le Rover Curiosity exposé au KSC Visitor Complex

Une copie du Rover Curiosity était exposée juste à coté d’un rover Spirit/Opportunity (de la mission Mars Exploration Rover) et d’un Sojourner (de la mission Mars Pathfinder). Ce qui m’a permis de constater qu’au fil du temps les rovers sont de plus en plus gros et sophistiqués. Après avoir dépensé un peu d’argent au Space Shop, la plus grosse boutique « spatiale » au monde, je me suis « immergée » à l’intérieur de la Station Spatiale Internationale en regardant le film IMAX en 3D qui lui était consacrée. Je ne suis pas toujours favorable aux films en 3D, mais là j’ai adoré.

Rocket Garden

Rocket Garden

 

Lorsque je suis sortie, la nuit était tombée et nous avons pu faire quelques photographies très sympa du jardin des fusées (Rocket Garden) avant de quitter définitivement cet endroit magique.

 

 

 

 

Jeudi 24 Novembre c’était la journée de Thanks Giving aux USA. C’est à dire que le jour est férié, les bâtiments publiques et une grosse majorité des commerces sont fermés et les gens font un repas en famille et remercient Dieu pour les bonheurs reçus au cours de l’année.

US Astronaut Hall Of Fame

US Astronaut Hall Of Fame

C’est dans ce contexte que je me suis rendue en compagnie de Wim (@WimVO) au US Astronaut Hall of Fame, un musée qui comme son nom l’indique est dédié à la gloire des astronautes américains. Le billet d’entrée était inclut avec l’entrée au Visitor Complex. Cela aurait été dommage de s’en priver. Je pense qu’en temps normal ce musée doit être beaucoup fréquenté, mais ce jours-là c’était très calme. C’est aussi sans doutes pour cela qu’il m’a laissé une impression mitigée. Je m’attendais à y passer l’après-midi et en deux heures en faisant traîner les choses c’était terminé. Bref, même si j’ai bien aimé ce que j’y ai vu, je reste un peu sur ma faim. Je pense que la visite du KSC Visitor Complex la veille avait placé la barre un peu haute.

La dinde en chocolat (faite avec des gateaux Oreo)

La dinde en chocolat (faite avec des gateaux Oreo)

Nous avions rendez-vous en fin d’après-midi chez Jen (@flyingjenny) qui avait organisé chez elle un diner de Thanks Giving. Nous étions une petite quinzaine avoir répondu présents et cela a vraiment été un moment génial. Je n’avais aucune idée, à part la dinde, de quoi était composé un repas de Thanks Giving et je me suis régalée. Parmi les choses dont je me souviens : la dinde, accompagnée de sa farce et d’une sauce aux airelles (cranberries sauce), des petits pains au beurre (buttered roll) de la purée de pommes de terre (mashed potatoes) avec des haricots (? beans), des palets aux épinards (spinach ?), du jambon grillé (ham)… je sais que dis comme ça c’est pas forcément alléchant, mais c’était succulent. Et au dessert, une tarte aux noix de pécan (pecan pie). C’est quand le prochain diner de Thanks Giving ?

 

Bâtiment d'accréditation de la Presse

Bâtiment d’accréditation de la Presse

Vendredi 25 Novembre, premier jour du tweetup. Nous avions rendez-vous aux environs de 8h au bâtiment d’accréditation de la presse (Press Accreditation Building). En principe les citoyens non américains n’ont pas le droit de conduire à l’intérieur du KSC au-delà des « checkpoint », ils doivent se faire escorter par des salariés de la NASA. Séverine avait obtenu, pour une raison qu’on n’a toujours pas élucidé, un badge qui lui permettait de passer les checkpoint toute seule afin de se rendre à la tente du tweetup. Elle m’a donc déposé au point de rendez-vous et a poursuivi son chemin vers la tente. Je l’ai rejointe plusieurs dizaines de minutes plus tard, escortée avec d’autres « internationaux » par Stéphanie Schierholz (@Schierholz) en personne (pour mémoire elle est responsable des réseaux sociaux à la NASA (NASA Social Media Manager) et s’occupe de l’organisation des tweetups).

Vehicle Assembly Building - Batiment d'Assemblage des fusées Saturn V puis des Navettes Spatiales

Vehicle Assembly Building – Batiment d’Assemblage des fusées Saturn V puis des Navettes Spatiales

La tente était située à environ 6 km du pas de tir, sur le site de la presse. Nous étions juste à coté de l’horloge de décompte historique (historic countdown clock) que l’on voit sur toutes les vidéos de décollage. Nous étions situés quasiment au pied du VAB (Vehicle Assembly Building), bâtiment imposant aux dimensions hors-normes (il s’étale sur 3ha, 160m de haut, 218m de long et 158m de large). Il est le 4ème bâtiment le plus volumineux et le plus grand bâtiment d’un seul niveau (i.e. de plain-pied, sans étages) au monde. Il avait été construit pour l’assemblage vertical des fusées Saturn V du programme Apollo. Puis il a servi à l’assemblage des navettes spatiales (assemblage du réservoir et des deux boosters auxquels on ajoutait la navette). Avec un tel voisinage, j’avais bien du mal à rester assise à ma table avant le tweetup.

Sous la tente du Tweetup

Sous la tente du Tweetup

A 9h les festivités ont démarré avec la séance de présentation des internautes. Il a bien fallu 1h pour arriver à bout de la présentation des 150 tweeps. C’est ainsi que j’ai découvert la présence d’une autre personne du tweetup de Cologne (@Sterne_Weltraum) ainsi que celle d’un français immigré aux USA (@french_marc). J’étais angoissée à l’idée de devoir me présenter en anglais devant autant d’américains, mais à priori je ne m’en suis pas trop mal tirée.

Puis après une pause nous avons continué avec les conférences. Lorsque j’écoute de l’anglais sur mon ordinateur j’ai l’impression de bien comprendre, mais sous la tente je n’ai pas réussi. Sans doutes le fait de ne pas être proche du locuteur et d’avoir un bruit parasite dans les oreilles avec la soufflerie de la climatisation. Lorsque j’ai écouté, une fois rentrée, des bouts de l’enregistrement du tweetup cela allait beaucoup mieux… Du coup je n’ai pas réussi à tweeter comme je l’aurais voulu.

Vidéo de l’intégralité du tweetup du vendredi (Durée : 1h45)

 

Endeavour dans le VAB

Endeavour dans le VAB

 

L’après-midi était consacré à la visite du centre spatial : Quatre bus nous ont conduits à l’intérieur de la base. Nous sommes entrés à l’intérieur du VAB où l’avant dernière navette à être allée dans l’espace, Endeavour, était en cours de préparation avant d’être exposée dans un musée en Californie. Elle faisait peine à voir, avec ses bâches et ses scotchs, je n’ai pas aimé la voir dans cette configuration.

 

 

Complexe de Lancement 39-A

Complexe de Lancement 39-A

 

Poursuite du tour avec la visite des pas de tirs : nous sommes passés à proximité du LC39-A, d’où étaient lancées les navettes spatiales, puis du LC37 d’où décollent les fusées Delta IV, puis du LC34 où la mission Apollo 1 s’est terminée par un incendie à l’intérieur de la capsule lors de tests. Les trois malheureux astronautes, dont Gus Grissom, sont morts sans avoir pu quitter la terre.

 

La fusée Atlas V sur son pas de tir

La fusée Atlas V sur son pas de tir

 

Nous avons terminé avec un arrêt au LC41, le pas de tir d’où est tirée la fusée Atlas V qui emporte le Rover Curiosity. J’ai adoré la voir de près. Nous sommes restés là suffisamment longtemps pour pouvoir la prendre en photo en long en large et en travers.

 

 

 

L’après-midi s’est terminé par une visite du centre Apollo/Saturn V que nous avions déjà vu deux jours auparavant. Pas grave, j’ai repris plein de photos, de vidéos et j’ai terminé mes achats dans la boutique spatiale attenante.

 

L'horloge du compte à rebours

L’horloge du compte à rebours

Samedi 26 Novembre, le jour du lancement. Nous devions être vers 6h au bâtiment d’accréditation de la presse. Nous avions donc réglé notre réveil à 4h30… La nuit a été courte, mais c’était pour la bonne cause ! Le ciel était couvert par les nuages mais je n’y ai pas trop prêté attention. Comme la veille, Séverine m’a déposée sur le lieu de rendez-vous puis elle a filé droit en direction du site de la presse. Je l’ai rejointe une bonne demi-heure plus tard. Le jour n’était pas encore complètement levé et l’horloge du décompte affichait qu’il restait environ 3h avant le décollage. Bien que j’étais venue en Floride avec l’idée que je ne verrais peut-être pas la fusée partir, je l’espérais très très fort. Cet espoir a trotté dans ma tête toute la matinée (J’espère qu’elle va partir, il faut qu’elle parte, je veux la voir !).

Col. Doug Wheelock et Space Huggie

Col. Doug Wheelock et Space Huggie

 

Les organisateurs nous avaient préparé un programme de choix en attendant le décollage : En premier lieu visite du Colonel Doug Wheelock (@astro_wheels), astronaute qui était à bord de la station spatiale tout juste un an auparavant. C’est le genre de personne que je pourrais écouter parler toute la journée sans me lasser. Je m’étais rapprochée du pupitre et j’ai bizarrement mieux compris ce que j’entendais. Il a notamment expliqué qu’un décollage en navette était plus violent qu’un décollage en Soyuz mais que c’était l’inverse pour l’atterrissage. Il a comparé l’atterrissage en Soyuz à une barrique en flamme que l’on lancerait dans les chutes du Niagara.

 

Doug Wheelock et Bill Nye

Doug Wheelock et Bill Nye

 

Il a ensuite laissé la place à un illustre inconnu pour nous les français, mais un présentateur télé très populaire aux Etats-Unis :Bill Nye, The Science Guy (@thescienceguy). Il animait dans les années 90 une série d’émissions qui faisait de la vulgarisation scientifique à destination des enfants (façon « C’est pas sorcier »). C’est vrai que sur scène il déménage, je comprends qu’il ait eu toute l’attention du public.

 

Doug Ellison

Doug Ellison

Nous sommes ensuite allés dans l’amphithéâtre du KSC (l’endroit où se déroulent entre autre les conférences de presse post-lancement), pour écouter Doug Ellison (@doug_ellison) (producteur des virtualisations au JPL -JPL Virtualization Producer) nous faire une démo de Eyes on the Solar System, une application web qui permet de naviguer à travers le système solaire en restant assis dans son fauteuil. L’application qui n’est malheureusement qu’en Anglais vaut vraiment la peine d’aller y jeter un oeil. On peut par exemple voir à quel endroit de son parcours vers Mars se situe Curiosity.

 

A notre retour, l’administrateur de la NASA, Charles Bolden, faisait un speech sous la tente. Nous nous sommes ensuite tous réunis sur la pelouse devant l’horloge afin de faire la photo de groupe officiel.

 

Photo de groupe du NASATweetup MSL (Credit : NASA)

Photo de groupe du NASATweetup MSL (Credit : NASA)

 

Puis est arrivé un invité très spécial : will.i.am (@iamwill) l’un des membres du groupe des Black Eyed Peas. Il était là pour nous expliquer en quoi la technologie est importante dans nos vies. Il est très impliqué dans ce que les américains résument par l’acronyme STEM (Science, Technology, Engineering and Mathematics) qui vise à promouvoir ces quatre catégories de matières pour l’éducation du public. Il a écrit une nouvelle chanson qui s’intitule « Reach for the stars » et qui sortira en août, en même temps que le rover atterrira sur Mars.

 

Lars Perkins, wil.i.am, Lori Garver, Leland Melvin et Bill Nye

Lars Perkins, wil.i.am, Lori Garver, Leland Melvin et Bill Nye

 

Il était accompagné par Lori Garver (@Lori_Garver), qui est l’administratrice adjointe de la NASA ainsi que Leland Melvin (@Astro_Flow), astronaute et administrateur associé de la NASA pour l’éducation et Lars Perkins qui est le créateur de Picasa.

 

3…2…1….Ignition….Lift-off !

Mon caméscope prêt à filmer

Mon caméscope prêt à filmer

Puis vint le moment où nous avons pu nous préparer au lancement. J’avais décidé que je ferais quand même une vidéo du décollage, mais que ma priorité serait de regarder avec mes yeux. Après tout, de nombreuses personnes allaient faire le même film et les photos seraient nombreuses. Mais je voulais quand même ramener un souvenir, une vidéo que j’aurais faite moi-même. J’ai installé le tripod et la caméra près des gradins, j’ai visé et dé-zoomé au maximum puis j’ai éteint mon caméscope. Il restait environ 15mn avant le décollage. Ce que j’ai fait ensuite reste flou dans ma mémoire. Ce dont je me souviens c’est d’avoir regardé ma montre, qu’il était 10h et que j’ai soudain réalisé que la fusée décollait 2mn plus tard. Nous n’avions pas la retransmission de NASA TV et je n’avais pas la vue sur l’horloge du décompte, donc aucun autre repère que ma montre. Mon coeur a commencé à battre. J’ai mis en route mon caméscope et j’ai décidé au dernier moment que je tenterais de faire des photos « à l’aveugle » sans regarder l’écran de l’appareil. Quelqu’un dans le groupe a annoncé 1mn30……1mn……30s…… A ce moment-là la tension était au maximum. Mon coeur battait à fond et je tremblais comme une feuille. Je fixais l’endroit où devait apparaître la fusée. Je ne la voyais pas car elle était cachée par des arbres. Je n’appercevais que le haut des quatre poteaux parafoudre. Depuis le début j’étais tellement peu sûre de pouvoir assister à ce spectacle que jusqu’à ces derniers instants je n’y croyais pas trop. Des nuages persistaient au dessus du pas de tir, mais ça devait être bon pour quand même voir quelque chose. Dix secondes… 9…8…-dans l’émotion je saute directement au 6, ça s’entend sur la vidéo-… 6… 5… 4… 3… 2… 1…. Je retiens mon souffle, je scrute, j’espère que la caméra va enregistrer quelque chose. Puis je la vois apparaître au dessus des arbres, d’abord silencieusement. Des exclamations résonnent dans le public. La lumière dégagée par les moteurs est très vive et je la regarde grimper dans le ciel avec son panache de fumée. Au bout d’un certain temps le son arrive à nous. Je n’en ai malheureusement pas un souvenir très précis. J’étais tellement concentrée sur l’image que j’en ai oublié de me souvenir du son… A priori il n’était pas aussi fort que pour le décollage d’une navette. J’ai lu par la suite que l’humidité de l’atmosphère et le vent qui allait dans une autre direction nous avait privé d’une partie des décibels. Cependant je l’entends dans la vidéo, mais je n’en ai aucun souvenir « réel ». Les nuages nous ont vite masqué la suite de la progression de la fusée et une fois que les quatre boosters ont été largués, au bout de 1mn 52s, il n’y avait plus de panache de fumée. J’ai laissé tourner mon caméscope quelques minutes encore après, comme si je ne voulais pas que ça s’arrête là, pas si vite. Mon émotion était à son comble et des larmes ont coulé. Toute la tension retombait et je ne pouvais plus contrôler mes émotions. J’ai rangé mes affaires et je suis revenue sous la tente.

 

Ma seule photo "réussie" du lancement

Ma seule photo « réussie » du lancement

 

Tout n’est pas encore gagné pour la mission, ce n’est que son commencement. Le rover a débuté un voyage de 8 mois 1/2 vers Mars, il devra encore réussir à se poser sans encombre sur la planète rouge et effectuer le travail d’analyse attendu par les scientifiques. J’ose espérer qu’il ne subira pas le sort malheureux de Phobos-Grunt et que nous entendrons encore parler de lui pendant de longs mois. Le temps nous le dira.

Au cours de cette semaine passée en Floride j’ai vécu beaucoup de premières fois : Premier voyage en Floride, première fois que je conduisais une voiture avec boite automatique, première fois que je participais à un diner de Thanks Giving et première fois que je voyais décoller une fusée. Les six jours passés sur place ont été merveilleux, mais trop courts.

Je n’ai pas encore eu beaucoup l’occasion de le dire, mais merci à la NASA pour m’avoir permis de vivre cela. Merci à toutes les personnes impliquées dans l’organisation du Tweetup, Stéphanie Schierholz en tête, qui à chaque tweetup offre du rêve à ses participants. Je n’oublierai jamais.

 

Liens supplémentaires :

Le scoop.it de ce que j’ai pu trouver d’intéressant sur le NASATweetup : http://www.scoop.it/t/nasatweetup-msl

Mes photos sur Flickr : http://www.flickr.com/photos/60110632@N03/collections/72157628205763045/

Ma vidéo du lancement (avec des gros soupirs d’émotion dedans) : http://www.youtube.com/watch?v=uHomuirvnfY

2 commentaires

  • Jacques TIZIOU

    Excellent reportage.
    jt, ancien résident de Cocoa Beach qui a vu quantité de lancements depuis Telstar 1 il y a 50 ans mais celui de Curiosity seulement sur NASA TV, et reste incapable d’écrire moins de 141 caractères…

  • Anne

    Jacques, quelle chance d’avoir habité Cocoa Beach ! J’ai beaucoup aimé l’endroit. Dire que certains vont voir des lancements de fusées comme d’autres vont au cinéma, ça me laisse rêveuse… 🙂 Et les 140 caractères c’est un bon exercice 😀 En tout cas merci pour ton commentaire

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