Départs et arrivées

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Le nom « station », contrairement au verbe, évoque des images de mouvements : les allées et venues des voyageurs, des véhicules, des marchandises. Dans la Station Spatiale Internationale, ces dernières semaines, nous avons eu une démonstration des possibilités offertes par notre extraordinaire vaisseau orbital qui est ma maison depuis un peu plus de trois mois.

HTV-4 (Crédits : NASA)

HTV-4 (Crédits : NASA)

Le premier vaisseau à partir était Kounotori4, la Cigogne Blanche japonaise qui nous a tenu compagnie pendant quelques semaines, augmentant et enrichissant le volume du Node 2 de sa présence. Le vaisseau cargo est retourné dans l’atmosphère terrestre, se désintégrant dans une pluie de plasma bleu. J’étais le seul à envoyer la commande pour démarrer la manœuvre de rentrée : J’ai suivi le cargo des yeux et j’ai vu le scintillement doré du bouclier thermique au moment où il s’éloignait de la station, se détachant sur le bleu rayonnant de la Terre. « C’est juste un robot », me suis-je dit, « Pas besoin d’être sentimental… » – mais je me trompais. Parce que le cœur de tous ceux qui ont participé à sa mission, parfaitement réussie, bat un peu plus vite pendant un moment peut-être et un petit peu de ce qui nous rend humain a accompagné Kounotori4 dans son dernier voyage.

Le second départ était celui des trois membres d’équipage du Soyouz TMA-08M. Les similitudes avec le départ de la Terre est exaltant pour moi. Ces derniers jours j’ai observé Chris alors que le jour de son départ approchait. Il y a presque un an j’ai observé un autre Chris (Chris Hadfield), pour qui je servais de backup, se préparant pour son lancement. Les deux astronautes sont des personnes si extraordinaires que rien ne peut percer leur armure. Il y a quelques nuits, j’ai profité d’un moment calme après une longue journée de travail pour demander à Chris ce qu’il ressentait à propos de son retour sur Terre. « Je pense que tout ça va me manquer, mais nous sommes prêt… oui, nous sommes prêt » a-t-il dit. Puis , le jour J, pendant que Chris, Karen et moi finissions notre dernier dîner ensemble en orbite, Chris dit soudain, comme s’il continuait une pensée interrompue : « La chose la plus étrange est que parmi toutes les choses auxquelles je pourrais penser, la seule pensée qui me vient à l’esprit tout de suite est que, samedi, vous serez là à faire le ménage, comme toujours – alors que je serai de retour sur Terre depuis quelques jours… ».

Départ de l'Expédition 36 (Crédits : NASA)

Départ de l’Expédition 36 (Crédits : NASA)

Le tourbillon d’émotions semble venir soudainement et presque sans que je ne m’en rende compte, l’heure de fermer la trappe arrive. Derrière celle-ci se trouvent trois visages qui m’ont accompagné dans certains des moments les plus extraordinaires de ma vie. Je m’adressais à tout le monde et personne à la fois lorsque j’ai dit au revoir : « Je suis content parce que vous êtes content… ». Leur présence, quoique différente par la personnalité et les caractéristiques, est parfaitement résumée par leur trois sourires radieux lorsque la trappe se referme avec un sentiment de finalité silencieuse, les scellant à l’intérieur de leur vaisseau. Dans peu de temps ils enfileront leurs combinaisons, se mettront en position et l’ordinateur de bord s’animera sous les doigts gantés compétents de Pavel et Sasha. Dans quelques heures ils seront de retour au sol.

J’ai longtemps pensé à ce qu’a voulu dire Chris lorsqu’il a dit ça. J’ai obtenu la réponse de ma femme, lorsque je lui ai parlé après leur départ. Avec sa perspicacité et sa sensibilité, elle a expliqué que, probablement, il faisait allusion au fait qu’au cours des six derniers mois, dans un environnement où chaque jour représente de nouveaux défis et que rien n’est jamais de la routine, le nettoyage du samedi était un point de référence fixe du temps qui passe, de la normalité. Et perdre une telle référence, même si modeste, prend une dimension spéciale lorsque tout est sur le point de changer en l’espace de quelques heures.

Décollage de Cygnus

Crédits : NASA

Pendant ce temps dans la Station, le travail se poursuit et je trouve une consolation dans l’inexorable passage du temps. A chaque départ, dit-on, correspond une arrivée et les préparations sont déjà en cours pour l’arrivée d’un nouveau vaisseau de fret pour sa mission de démonstration, Cygnus-D, le « Cygne ». Il y a quelques jours à peine, la confirmation officielle est venue que j’effectuerais la capture du vaisseau aux commandes du Canadarm : un nouveau défi et un nouvel entraînement pour moi. Comme à chaque mission de démonstration, à la nature déjà extraordinaire du travail s’ajoute un nouveau composant lié à la prise de conscience que c’est encore une phase expérimentale pour ce vaisseau. Je suis exponentiellement reconnaissant envers ceux qui m’ont confié la tâche, car elle offre une opportunité unique de perfectionnement professionnel, pas seulement pour moi mais aussi pour les agences spatiales que je représente. Ce sera la première fois qu’un astronaute européen se trouvera aux commandes du Canadarm pour capturer un vaisseau en vol libre.

Expedition-37Pour terminer, nous nous préparons à l’arrivée de l’autre moitié de l’Expédition 37 – Oleg, Sergey et Mike. Je me rappelle encore la dernière fois que j’ai rencontré Mike : J’étais au Centre des Astronautes Européens à Cologne, Allemagne, et je venais de terminer ma dernière simulation sur Columbus, le laboratoire spatial européen. En parcourant le long couloir en direction de la sortie pour partir pour l’aéroport, je me souviens avoir vu Mike occupé avec sa propre leçon. Je l’ai salué et il m’a répondu avec son sourire ouvert et amical. Une fois arrivé à Star City j’ai réalisé que la prochaine fois que je le verrais, ce serait à bord de la Station – cinq mois plus tard !

J’aurais aimé avoir organisé un accueil similaire à celui que Chris m’avait réservé – lorsqu’il a rasé sa tête pour me ressembler. Malheureusement, malgré mon séjour en microgravité, mes cheveux ont absolument refusé de pousser. Le désert est resté aussi aride  que le sable brûlé par le soleil aveuglant. Mike devra se contenter d’une accolade fraternelle et sincère.

 

Cet article a été écrit initialement par Luca Parmitano, le premier astronaute de la promotion 2009 de l’ESA à monter à bord de la Station Spatiale Internationale. Il orbite au dessus de notre tête depuis le 29 Mai 2013. Article en anglais posté le jeudi 19 septembre sur le blog de sa mission Volare : Departures and arrivals

 

 

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