Voyage vers la Station Spatiale Internationale

L'expédition 36 dit au revoir au pied du Soyouz

Crédits : NASA

Il y a 12 heures j’étais sur Terre. Maintenant je la regarde à 400km d’altitude, à une vitesse de 28000km/h.

La semaine dernière sur Terre, après avoir quitté le complexe d’habitations qui hébergeait mon équipage pendant les deux dernières semaines de quarantaine, nous étions entourés par une foule de parents, amis et curieux qui nous ont accueillis avec enthousiasme (Applaudissements, photos, rires et un groupe chantait « Volare »). Une fois de plus je portais ma combinaison spatiale Sokol, comme je l’avais fait des douzaines de fois lors des simulations. Seulement, cette fois nous allions réellement partir.

Le jour du lancement je ne ressens aucune différence : cela semble étrange, mais je me sens extrêmement calme, mes pensées sont concentrées – mais je sais que je suis heureux, et lorsque je vois ma famille, de l’autre coté de la vitre, ma femme, mes filles, mes parents et la famille de ma femme, je leur dis que c’est un moment à fêter. Je ne les verrai pas pendant les six prochains mois, mais je ne peux pas me sentir triste – mon vaisseau Soyouz m’attend.

Le même bus qui transporte tous les équipages de la Station Spatiale depuis que sa construction a commencé il y a plus de dix ans nous transporte à environ 100 mètres de la fusée. Elle brille, illuminée par des douzaines de lumières et c’est une vue splendide impressionnante. Comme nous montons dans l’ascenseur branlant qui nous emportera vers le point le plus élevé, je ne peux m’empêcher de remarquer la glace qui couvre les boosters, remplis de carburant si froid que l’humidité de l’air gèle.

Crédits : NASA

Crédits : NASA

Bientôt il est temps d’entrer dans la capsule Soyouz et de prendre nos places. Comme toujours, je suis le premier à entrer. Je mets en route le tableau de commande et l’ordinateur et j’établis le contact radio – Je suis maintenant dans mon rôle, dans mon monde. A cet instant rien d’autre n’existe. Comme un pilote, lorsque je ferme la trappe du cockpit tout le reste disparaît et je me sens en harmonie avec le véhicule.

De longs contrôles commencent mais tout est en parfait état de marche. Notre Soyouz TMA-09M est prêt et je le sens vibrer autour et en dessous de moi, il a une vie propre.

Le compte à rebours est moins spectaculaire que ce que vous pourriez imaginer. L’instructeur qui nous a suivi dès le premier jour décompte les étapes de l’allumage du moteur principal… puis un mot en Russe, « поехали! », « Allez ! », et le moteur prend vie, l’engin se met à vibrer et nous sentons monter la pression. En quelques secondes nous atteignons le pic de poussée maximum et tout se passe parfaitement dans les temps. Nous ressentons une forte décélération pendant la séparation du second étage de la fusée, puis une poussée en avant au cours du troisième allumage et puis… un parfait silence. Le silence ne dure qu’une seconde car nous commençons à rire et à la radio nous entendons les célébrations du centre de contrôle. Nous sommes en orbite. C’est la deuxième fois dans l’espace pour Karen et la quatrième fois pour Fyodor. Mais pour moi c’est la première fois et je veux me souvenir de ce moment pour toujours. Je ferme mes yeux et avant que les opérations de corrections orbitales ne commencent je me répète « Je suis en orbite ! »

Crédits : NASA

Crédits : NASA

Pendant les orbites qui suivent, nous vérifions l’allumage du moteur principal puisque nous corrigeons six fois notre orbite. Entre deux boosts je vole un moment pour regarder par ma fenêtre et avoir un aperçu de la Terre. Je savais que je serais étonné et surpris mais c’est impossible d’imaginer le sentiment d’enchantement que j’éprouve car la vue me laisse sans voix. C’est impossible à décrire.

Après la sixième correction orbitale, nos activités deviennent agitées car nous nous préparons pour l’approche et l’amarrage avec la Station Spatiale Internationale. Notre vaisseau TMA-09M se comporte parfaitement et nous exécutons un amarrage automatique parfait.

Maintenant je commence à sentir la fatigue et l’accumulation des émotions de la journée. Je n’ai pas dormi depuis 22 heures et ce jour n’est pas comme les autres. Je ne veux pas manquer même une seconde alors je me force à rester éveillé pendant les opérations de vérification de pression. Une heure passe comme si c’était un instant et c’est déjà l’heure d’ouvrir la trappe et d’entrer dans la Station Spatiale Internationale, ma maison pour les six prochains mois.

Lorsque je vois l’équipage, ma joie est immense… mais c’est peut-être une autre histoire.

 

Cet article a été écrit initialement par Luca Parmitano, le premier astronaute de la promotion 2009 de l’ESA à monter à bord de la Station Spatiale Internationale. Il orbite au dessus de notre tête depuis le 29 Mai 2013. A lire ici en anglais sur le blog de sa mission Volare : Voyage to the International Space Station

 

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