Décollage – Partie I

 

Article écrit par Alexander Gerst AVANT son départ dans l’espace.

 

Équipage de réserve pour l'expédition 37-38

En tant qu’équipage de réserve en Novembre 2013

Je savais que ce serait impressionnant et bruyant, c’était évident. Après tout j’avais vu des années auparavant la navette spatiale décoller dans le ciel nocturne de Cap Canaveral. Mais apparemment l’être humain oublie facilement de telles impressions.

Comme j’avais travaillé sur des volcans pendant de longues années comme vulcanologue et géophysicien, je n’imaginais pas qu’un décollage de fusée soit vraiment plus impressionnant à voir – ou plutôt à sentir – qu’un volcan qui explose tout proche. Mais j’ai négligé un composant.

Alexander Gerst, Maxim Suraev et Reid Wiseman à la conférence de presse le jour avant leur lancement

En tant qu’équipage principal, le jour avant le lancement

Lorsque vous vous entraînez comme équipage pour une mission dans la Station Spatiale Internationale, vous êtes automatiquement l’équipage de réserve pour l’équipage qui part six mois avant vous. Pour cette raison je me suis envolé pour Baïkonour en novembre dernier avec mes deux coéquipiers Max et Reid en tant qu’équipage de réserve. Deux semaines avant le départ de l’équipage principal, on suit là-bas le même programme de quarantaine et les mêmes séances d’entraînement qu’eux pour être prêt à partir en cas d’urgence comme équipage de réserve.

Normalement on a de bons liens d’amitié depuis des années avec l’équipage principal du fait des entraînements en commun. Ces liens s’intensifient à travers la perspective unique que l’on partage, peu de temps avant de laisser la planète derrière soi pour s’envoler pendant six mois dans l’espace. A Baïkonour, isolés du monde extérieur, le temps sert à se préparer mentalement au départ, à disséquer ses livres de procédures, à suivre les dernières séances d’entraînement, à inspecter son vaisseau spatial et à régler ses dernières affaires « terrestres » dont on n’a pas pu s’occuper pendant les deux ans et demi d’entraînements intensifs.

Les routes de l’équipage principal et de l’équipage de réserve se séparent seulement deux heures avant le décollage après que l’équipage principal ait revêtu leurs combinaisons spatiales et que les deux équipages se rendent ensemble sur le pas de tir de la fusée Soyouz, qui se dresse irréelle dans les projecteurs brillants de la rampe de lancement, celle d’où est parti Youri Gagarine, le premier Homme à avoir quitter la terre.

A cet endroit, directement devant la fusée, j’ai dit au revoir à Mischa, Rick et Koichi avec une poignée de main et j’ai regardé mes amis grimper dans leur vaisseau spatial. C’est devenu clair pour moi à ce moment-là que ce qui ferait la différence serait lorsque je verrais cette fusée décoller avec ses 26 millions de chevaux et que je la verrais atteindre l’espace en huit minutes de temps. Les personnes à bord sont mes amis. Les personnes avec lesquelles j’ai pris le petit-déjeuner ce matin et dont je viens d’aider à enfiler les combinaisons spatiales, dîneront ce soir à bord de la Station Spatiale Internationale.

Et c’est exactement ça qui a fait que le lancement d’une fusée est devenu une expérience que je n’oublierai plus jamais. Le souvenir du jet de feu, le volume assourdissant et les tremblements puissants du décollage ont déjà pâli un peu dans ma mémoire. Ce qui reste, est le souvenir du sentiment bouleversant que trois personnes en route pour l’espace sont assises dans cette fusée.

C’était très calme dans le bus du retour vers Baïkonour. Un tel événement nous rend, nous les Hommes, apparemment pensifs, dans le sens positif du terme. Il y a probablement trop d’événements à traiter dans un laps de temps très court.

Ce qui m’a ensuite pris au dépourvu, ce fut l’accueil dans notre logement à Baïkonour : « Bienvenue au nouvel équipage principal ! ». A ce moment-là j’ai pris conscience que la fois suivante je serais celui qui monterait dans la fusée.

 

Arrière de la fusée Soyouz TMA-13M - Expédition 40

Notre propre fusée

 

Alexander Gerst est le second astronaute de la promotion 2009 de l'ESA (baptisée Shenanigans) à séjourner à bord de la Station Spatiale Internationale pendant environ six mois à partir du 28 mai 2014.
Ceci est la traduction (tirée de l'allemand) d'un article publié le 28 mai 2014 sur son blog : Raketenstart - Teil 1

 

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