L-40 : Nous avons des charges pyrotechniques sur le Soyouz !

L-40 : Mardi 14 Octobre 2014

Aujourd’hui, Anton a passé la matinée dans le simulateur Soyouz pour faire la simulation d’un désamarrage et d’une rentrée atmosphérique. Bien sûr, comme d’habitude, rien ne s’est passé normalement. En fait, non seulement nous avons dû faire face à un incendie, mais pour faire bonne mesure, notre instructeur Dima nous a envoyé une fuite dans les réservoirs d’azote, qui contiennent le gaz à haute pression qui pressurise nos conduites de propergol. Pour faire simple – pas de pression dans les réservoirs d’azote, pas de mise à feu du moteur !

Je vous ai parlé à plusieurs reprises de la gestion d’un incendie dans une combinaison Sokol, par exemple ici : L-279 : Lorsqu’il y a le feu dans le Soyouz et que vous n’avez plus qu’un écran de contrôle.

Aujourd’hui j’aimerais vous parler de « séparation ». Comme vous le savez sans doutes, la capsule Soyouz est composée de trois éléments : le module orbital, qui est en gros l’élément sphérique à une extrémité, le module de service avec (la plupart) des moteurs à l’autre extrémité et le module de descente en forme de cloche au milieu. Seul le module de descente, comme son nom l’indique, est destiné à revenir sur Terre : il a la forme adéquate et un bouclier thermique pour survivre à la rentrée atmosphérique. Par conséquent, après l’allumage du moteur qui nous ralentit et nous force à revenir dans l’atmosphère terrestre, nous avons besoin de faire la séparation : alors que nous sommes sanglés en sécurité dans nos sièges dans le module de descente, avec la trappe du module orbital qui est fermée, des charges pyrotechniques séparent les trois éléments. L’un de ces instants inoubliables pendant la descente en Soyouz qui s’apparente à faire un tour sur un grand huit, c’est ce qu’on m’a dit.

Vous pouvez en apprendre davantage sur ce retour dans cette super vidéo de l’ESA (avec sous-titrages en français, NdlT) :

 

 
Mais comment est initiée la séparation ?

Nominalement, par l’ordinateur, selon une séquence automatique. Après la coupure du moteur, la vanne de décompression du module orbital est ouverte et son atmosphère est évacuée dans l’espace. De plus, une manœuvre de basculement est effectuée pour avoir une orientation sûre pour la séparation : c’est pour être certain que nous suivrons notre propre route séparée de celle des modules « éjectés » et que nous ne nous rencontrerons pas de nouveau par la suite. Aussi cruel que cela puisse paraître, ils sont destinés à brûler et nous sommes destinés à rentrer à la maison ! Finalement, à l’instant prédéterminé, la commande pour allumer les charges pyrotechniques est envoyée.

Si l’ordinateur principal tombe en panne, nous pouvons assumer manuellement la bonne orientation et entrer une série de commandes pour effectuer la séparation manuellement au moment approprié.

Que se passe-t-il, cependant, si notre moteur principal tombe en panne et que nous devons utiliser les propulseurs de secours pour finir la mise à feu ? Et bien, celle-ci prendra plus longtemps car la poussée disponible dans ce cas-là est beaucoup plus faible. Si le moteur principal tombe en panne dès le départ, nous n’en aurons certainement PAS fini avec la mise à feu lorsque le moment prédéterminé de la séparation arrivera. Dans ce cas, la séparation est liée au chauffage des capteurs thermiques situés dans le module de service. A un certain moment, alors que nous pénétrerons de plus en plus profondément dans l’atmosphère (mais que nous serons encore au-dessus de 100km !), ils atteindront un certain seuil de température et c’est ce qui déclenchera la séparation.

Après cela, dans la plupart des cas, ce sera une rentrée balistique. Afin de fournir un peu de stabilisation pendant la descente, le module de service va tourner autour de son axe à 13 degrés par seconde. A part ça, pas de contrôle actif de la trajectoire : d’une certaine manière, nous chutons comme une pierre. Ça peut ne pas sembler bon, mais des rentrées balistiques se sont déjà produites à maintes reprises et les équipages étaient sains et saufs à l’arrivée !

 

Anton Shkaplerov et Samantha Cristoforetti avant une simulation Soyouz

 

Sur la photo vous pouvez voir Anton et moi-même avant la simulation de ce matin : Terry nous rejoindra la semaine prochaine !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien qui la mènera au jour de son lancement, pour le moment prévu le 24 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées sont sa propriété et proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

 

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