L+57, L+58 : Cette semaine j’étais souvent le sujet des expériences

L+57, L+58 : Lundi 19 / Mardi 20 Janvier 2015

(écrit par Samantha le Vendredi 23 Janvier 2015)

Ce fut l’une de ces semaines où le sujet des expériences était souvent… moi

La physiologie humaine a assurément été très présente sur mon agenda scientifique. Cela a démarré dès le week-end lorsque j’ai dû faire quelques collectes de données tout en dormant ! En fait le Dragon m’a apportée une garde-robe très chic pour la nuit : un gilet pour l’expérience Wearable Monitoring (Surveillance portative, NdlT) que j’ai dû porter pendant deux nuits d’affilées pour la première collecte de données. Ce gilet a été fait sur mesure pour moi et il est très serré car il intègre des instruments qui doivent adhérer au corps : des électrodes pour un électrocardiogramme « classique », et un accéléromètre trois axes pour contrôler la mécanique du cœur, à savoir l’ouverture et la fermeture des valves cardiaques. L’hypothèse à tester est que de minuscules variations des fonctions cardiaques causent des micro-réveils qui compromettent la qualité du sommeil dans l’ISS. Mais je dois dire, d’un point de vue purement subjectif et bien sûr pas du tout quantitatif, que j’ai l’impression de super bien dormir ici !

L+58 Samantha Cristoforetti effectue une expérience de physiologie humaineTôt dans la matinée de lundi c’était aussi le moment de la première séance de Drain Brain. En fait, nous avons déjà eu une séance d’échographie au début de la mission, mais pour cet ensemble de mesures particulier, nous avons dû attendre le matériel de remplacement que le Dragon devait nous livrer suite à la perte de la mission Orbital-3. Les instruments spécifiques pour Drain Brain incluent trois Pléthysmographes à jauge de contrainte, qui ressemblent à des colliers faits dans un matériau extensible comme vous pouvez le voir sur la photo. Ce sont en fait des capteurs capables de mesurer le flux sanguin dans les veines de manière très simple et non invasive, qui n’est pas dépendante des compétences et de l’interprétation de l’opérateur, comme c’est le cas avec les échographies. Tout en portant ces colliers sur mon cou, mon bras et ma jambe, j’ai effectué une série de respirations à 70% de ma capacité pulmonaire, soit en restant immobile ou en étirant et fléchissant ma main ou ma cheville. Tout en faisant cela, je respirais dans notre Système de Fonction Pulmonaire (Pulmonary Function System) et le logiciel, via une interface graphique, m’indiquait quand démarrer l’expiration ou l’inspiration. Le principal but de l’expérience est d’étudier comment le retour du sang de la tête vers le cœur change dans l’espace, puisque nous n’avons pas les effets de la gravité pour aider. C’est quelque chose que nous connaissons peu pour le moment et une meilleure compréhension de ces mécanismes respiratoires pourrait potentiellement aider à comprendre certaines maladies dégénératives du cerveau.

Après Drain Brain, je suis passée à la seconde séance de l’expérience Cardio Ox, en réalisant des échographie des artères carotides et brachiales et en faisant des mesures du flux sanguin. Et pour conclure la journée physiologie humaine, j’ai également réalisé une autre collecte de données pour Skin-B dont je vous ai déjà parlé auparavant. Et comme beaucoup de ces expériences ont besoin d’un prélèvement d’échantillon correspondant, j’ai réalisé une collecte de mes urines sur 24 heures et « Terry le Vampire » (un ami proche de Terry le coiffeur « aux mains d’argent ») à eu à me faire une prise de sang.

L+58 Samantha Cristoforetti s'occupe de l'expérience sur les mouches des fruitsMais bon, comme vous le savez, il n’y a pas que nous les humains à bord de l’ISS ! Non, non, ne vous excitez pas, je ne suis pas au courant d’extraterrestres clandestins à bord ni de patrouilles aériennes d’OVNI dans la région, mais nous avons bien sûr nos amies les mouches des fruits ! Certaines des cassettes avec les mouches et les larves ont fini dans le congélateur à ce stade, mais j’ai mis plus de cassettes dans la centrifugeuse et dans la position statique de leur installation dédiée et ce projet multi-générationnel continue. Pour certaines des opérations de fixation j’ai dû construire et utiliser une boite à gants à usage unique, comme vous pouvez le voir sur la photo : je ne savais même pas que nous avions cela à bord. La Station Spatiale est toujours pleine de surprises !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

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