L+59 à L+65 : Des vers C. elegans sont mes nouveaux amis spatiaux !

L+59 à L+65 : Mercredi 21 à Mardi 27 Janvier 2015

(Ecrit par Samantha le 28 Janvier 2015)

Beaucoup d’expériences ont rempli mes journées ces sept derniers jours – Désolée de ne pas vous avoir beaucoup tenu au courant, mais nous sommes vraiment très occupés ici dans l’avant-poste spatial de l’humanité !

Certaines expériences étaient de vieilles connaissances, comme l’expérience « Rythmes Circadiens », et d’autres étaient de nouvelles arrivantes, comme l’expérience de l’ESA Airway Monitoring (Surveillance des voies respiratoires, NdlT). Je vous ai parlé de cette dernière assez en détail dans les articles du journal de l’entraînement, comme par exemple dans L-129 : Dans la chambre hypobare : l’expérience Airway Monitoring.

Pour le moment, après quelques problèmes initiaux avec le matériel (qui est plutôt complexe et partiellement utilisé à bord pour la première fois), Terry et moi avons toutes les données requises pour la séance sous pression « normale » : dans quelques semaines nous réaliserons les mesures sous pression réduite, pour lesquels nous allons nous enfermer dans le sas de sortie et diminuer la pression autour de nous.

Vous savez, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de techniciens de laboratoire sur la planète qui puisse travailler sur un tel éventail de science comme nous le faisons : je suppose que tous les laboratoires sur Terre sont plus spécialisés et les scientifiques et les techniciens bien entraînés sur les tâches propres à leur discipline ! Nous, d’autre part, n’avons pas les compétences approfondies et la grande expérience sur les activités scientifiques que nous réalisons : dans certains cas, nous avons eu des sessions de formation il y a plusieurs mois de cela, dans d’autres cas nous avons une formation à bord, à l’aide de vidéos ou de diapositives.

Et bien sûr, certains astronautes ont une formation en sciences expérimentales, mais ce n’est pas la majorité : la plupart d’entre nous comptent sur des procédures très détaillées et, pour les opérations les plus complexes, sur un support en temps réel depuis le sol par les développeurs des expériences et/ou par les chercheurs. Parfois ils nous parlent seulement via les communicateurs normaux qui sont en service dans les centres de contrôle, comme l’Eurocom pour les activités de l’ESA, alors que parfois ils sont même autorisés à nous parler directement sur un canal Espace-Sol, qui dans ce cas leur est totalement dédié.

Mes propres connaissances en sciences sont limitées – c’est ce qui se passe avec un diplôme d’ingénieur – et si j’avais choisi une formation en sciences, à la place de l’ingénierie, cela aurait été la physique, donc même dans ce cas, j’aurais eu difficilement la chance de travailler avec des cultures de cellules et des expériences multi-générationnelles sur les mouches des fruits et les vers. Et je ne suis pas sûre que cela m’aurait plu d’en faire mon travail à plein temps – cela demande probablement plus de patience que j’en ai – mais je prends beaucoup de plaisir à travailler sur ces expériences ici dans l’ISS !

 

L+65 Samantha Cristoforetti menant des expériences à bord de l'ISS

 

Par exemple lundi, j’ai travaillé sur l’expérience « Epigenetics ». Mes petits amis dans ce cas ne sont pas des mouches à fruits, mais d’autre animaux utilisés habituellement dans les recherches comme un modèle pour de plus grands organismes : des vers d’un millimètre de long appelés Caenorhabditis elegans, C. elegans pour les intimes. Et tout comme avec les mouches des fruits, nous voulons qu’ils aient des bébés, quatre générations au total vont grandir à bord et des spécimens de chaque génération (adultes et larves) seront préservés dans le congélateur pour le retour.

Le Dragon a amené les C. elegans dans des seringues de démarrage et je les ai injectés dans des sacs de culture la semaine dernière pour commencer l’incubation. Puis lundi j’ai extrait les bébés en utilisant une seringue spéciale équipée d’un filtre qui ne laisse pas passer à travers les vers adultes plus gros. Les adultes de la première génération sont restés dans le sac de culture original et ont été congelés, pendant que j’ai inséré les bébés de la seconde génération dans un autre sac de culture pour les laisser incuber davantage. Le but de l’expérience, comme son nom l’indique, est d’étudier les changements épigénétiques héréditaires : cela signifie des changements dans l’expression des gènes mais pas dans l’ADN lui-même. Disons-le de cette façon, l’environnement ne peut pas changer les gènes dans votre ADN, mais il peut affecter la façon dont vos gènes sont exprimés, ou « activés ». Les vers vont s’adapter à l’apesanteur et cela causera des changements dans l’expression de leurs gènes, donc la question est : comment, le cas échéant, ces changements seront hérités par la descendance ?

Fascinant n’est-ce pas ?

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

 

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