Examens finaux Partie 3 : Dernier test : la simulation Soyouz

Luca s'inscrit pour son examen final

Crédits : ESA

Le troisième et dernier examen est le plus complexe. Nous rejouons les cinq étapes clés d’un vol complet Soyouz : le lancement, l’entrée en orbite, l’approche et l’amarrage, le désamarrage et le retour sur Terre. C’est extrêmement stimulant. La commission au complet évalue notre comportement et la façon dont nous travaillons ensemble.

Ces cinq étapes font partie d’une seule simulation qui dure une journée entière même si en réalité l’amarrage et le détachement sont séparés de six mois. Nous nous entraînons pendant longtemps pour réussir cet examen et il requiert beaucoup d’efforts. Vous pouvez vous attendre à de nombreuses situations d’urgence dans ces examens, évidemment on ne nous les donne pas à l’avance. Les défaillances peuvent être évidentes mais parfois elles sont très subtiles.

Luca dans son siège du Soyouz

Luca dans son siège (Crédits : ESA)

L’examen démarre en général autour de 8h45 avec l’entrée de l’équipage dans le simulateur – la capsule. Je suis le premier à entrer et j’effectue les vérifications initiales et je prépare le cockpit pour les deux autres membres d’équipage, comme je le ferai pendant le vrai vol du 28 Mai. Je suis le premier à m’asseoir. Je boucle les ceintures de sécurité et configure la radio pour communiquer avec le centre de contrôle. Nous suivons une série de vérifications qui incluent le contrôle de l’étanchéité de nos combinaisons et de la capsule. Après environ 40 minutes commence le compte à rebours pour le lancement simulé. A ce moment-là nous rencontrons notre première situation d’urgence, la capsule ne se détache pas de la fusée. Nous avions seulement dix secondes pour réagir car si le véhicule reste attaché à la fusée il peut se retrouver sur une orbite incorrecte. Nous avons envoyé l’ordre de libérer la capsule de la fusée manuellement. Je dois envoyer cette commande en coordination avec le commandant. Nous étions très rapide et avons répondu seulement cinq secondes après avoir vérifié que la séparation ne s’était pas produite.

Une fois en orbite, nous avons contrôlé en permanence que tout était en ordre pour être sûr que la pression dans la capsule n’avais pas diminué mais tout semblait être en ordre de marche. Peu de temps après, nous nous sommes préparés à allumer les moteurs de la capsule pour la première fois pour passer de l’orbite initiale à l’orbite de stationnement. Une orbite initiale est atteinte après le lancement et une orbite de stationnement est une orbite intermédiaire entre l’orbite initiale et l’orbite de la Station Spatiale également appelée orbite basse. L’orbite de stationnement nous permet de « phaser » – d’attendre le bon moment pour approcher la Station.

Le Commandant Fyodor a remarqué une défaillance dans les capteurs infrarouges pendant l’orbite de stationnement. Ces capteurs identifient la position correcte de la capsule. Fyodor a réparé le problème en prenant le contrôle manuel du vaisseau, pendant que je gérais la commande du système de stabilisation. Au cours de la troisième phase de cette simulation – l’approche de la Station – nous avons connu une défaillance double des radars de rendez-vous. C’est un problème sérieux car toute l’information nécessaire pour que l’ordinateur de la capsule pilote le vaisseau vient de ces radars. La solution ? Prendre le contrôle manuel de la capsule ! Le Commandant Fyodor, soutenu par Karen et moi-même, a géré la phase finale d’approche, à environ 3km de la Station jusqu’à ce que nous nous amarrions.

Luca dans le simulateur Soyouz

Entraînement de Luca (Crédits : ESA)

Après la simulation de l’amarrage nous avions une demi-heure de pause pour retirer nos combinaisons et nous reposer avant une seconde phase : désamarrage du Soyouz de la Station Spatiale Internationale et notre retour sur Terre. Nous avons pris position dans la capsule une fois de plus et tout de suite, pendant les procédures initiales de désamarrage, j’ai réalisé qu’il y avait une fuite de gaz dans le système de pressurisation du carburant. Les moteurs aéronautiques doivent maintenir la pression du carburant. La perte de pression peut causer une défaillance de l’allumage par exemple. Dès que j’ai réalisé ce qu’il se passait j’ai sonné l’alarme auprès du commandant au sol. Une décision coordonnée a été prise afin de réaliser un retour rapide, un retour non contrôlé à travers l’atmosphère terrestre, également appelé « rentrée balistique ». Celle-ci entraîne une très haute décélération qui n’est pas confortable, mais d’un autre coté, c’est beaucoup plus rapide. L’allumage des rétrofusées est démarré beaucoup plus tôt que pour une rentrée normale, ce qui augment les chances pour que le moteur fonctionne comme il devrait.

Une fois désamarré de la Station, Fyodor a commencé la procédure pour démarrer le « Programme 5 », la rentrée balistique. Nous avons vite réalisé qu’il y avait une défaillance dans l’ordinateur central et avec très peu de temps disponible nous avons décidé de passer outre l’ordinateur et prendre le contrôle manuel de la capsule pour la troisième fois. C’est une étape critique, avec des procédures très complexes, et Fyodor et moi-même avons dû travailler en parfaite synchronisation : lorsque l’ordinateur central est désactivé, tous les périphériques s’arrêtent de travailler !

Nous avons réactivé les systèmes manuels et à partir de ce moment, j’ai pu allumer ou éteindre le moteur – une fonction extrêmement importante qui est gérée par l’ingénieur de vol et le commandant. A l’heure prévue j’ai mis en route les moteurs et j’ai commencé les propulsions de désorbitation, ou « poussées » de rentrée. Cela ralenti la vitesse du vaisseau suffisamment pour le forcer à revenir dans l’atmosphère terrestre. Pendant que je vérifiais les paramètres des moteurs, j’ai remarqué une forte baisse dans la pression de l’alimentation en carburant qui conduit à une défaillance moteur ! C’est un problème sérieux puisque le seul moyen de continuer la descente est d’activer les moteurs secondaires. Cela devrait normalement se produire automatiquement mais l’ordinateur principal ne fonctionnait pas ! J’ai seulement eu quelques secondes pour réagir et sur l’ordre du commandant j’ai exécuté une série d’actions pour arrêter le moteur principal puis j’ai sélectionné et activé le secondaire. La manœuvre a parfaitement fonctionné et nous avons continué notre descente.

La dernière défaillance que nous avons rencontré, même si pas aussi grave que les précédentes, était lorsque la capsule s’est séparée du module de service qui contient le moteur principal : la valve automatique qui envoie l’oxygène dans nos combinaisons ne s’est pas ouverte. C’est de ma responsabilité et tout ce que j’ai eu besoin de faire était d’ouvrir la valve manuellement.
Une fois dans l’atmosphère terrestre, avec le parachute déjà ouvert, le Comité des Examinateurs à donné le OK. L’examen était terminé. Huit heures s’étaient écoulées depuis le moment où nous étions entré dans le simulateur !

PRET POUR LE VOL

 

Prêt pour le vol

Prêt pour le vol (Crédits : ESA)

Lorsque l’examen fut terminé Karen, Fyodor et moi-même avons discuté de la façon dont il s’était déroulé et ce qui était arrivé. Lorsque nous nous sommes mis d’accord sur les heures et les défaillances auxquelles nous avons fait face et sur la façon dont nous les avions résolu, nous sommes entrés dans la salle où se trouvait le comité d’examination pour répondre à leurs questions. Ils nous ont demandé nos impressions et ce que nous avions remarqué pendant la simulation. Nous avons fait un compte-rendu complet de tous les problèmes et la façon dont ils ont été traités. Si des erreurs ont été faites, il est essentiel à ce stade d’en rendre compte. Tout s’est bien passé. Mon aventure sur Terre s’est terminée avec les meilleures notes !

 

Cet article a été initialement écrit par Luca Parmitano, le premier astronaute de la promotion 2009 de l’ESA à monter à bord de la Station Spatiale Internationale le 28 Mai. L’article initial a été posté le 27 Mai 2013 sur le blog de Luca. A lire ici en anglais : Final exams part 3: Last test: Soyuz simulation

 

 

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