L+3 : Travail sur l’expérience Blind and Imagined : amusant les tours que le cerveau peut nous jouer !

L+3 : Jeudi 27 Novembre 2014

Avec un peu de retard, voici quelques mots sur ma journée d’hier à bord de l’avant-poste de l’humanité dans l’espace !

La plupart de mes activités du jour ont été dédiées à l’expérience de l’Agence Spatiale Italienne «Blind and Imagined».

Je dois l’avouer, ce n’est pas la configuration expérimentale la plus facile, spécialement pour le visiteur de l’ISS ayant passé le moins de temps dans l’espace (ça sera moi, pendant au moins encore quelques jours – hé, on trouve ses records là où on peut !).

« Blind and Imagined » a lieu dans le Laboratoire Japonais JEM et nécessite la mise en place d’un ensemble de quatre caméras appelé Elite, qui surveille un volume spécifique dans le module. A l’intérieur de ce volume, le sujet exécute une série de mouvements et le mouvement en trois dimensions est suivi précisément par les caméras Elite, grâce à une série de marqueurs réfléchissants  attachés au corps du sujet : Ce sont en gros des petites sphères, de la taille d’une bille, avec des propriétés optiques spéciales. Elles se clipsent sur une bande adhésive et peuvent donc être appliquées sur la peau : j’ai dû en mettre un certain nombre sur le coté droit de mon corps , de la cheville jusqu’au front, y compris un certain nombre sur la main pour la seconde partie du protocole, au cours de laquelle je devais imaginer lancer une balle vers une cible avec différents niveaux de force. Dans la première partie, à la place, je devais atteindre une cible devant moi, en pliant les hanches et les chevilles, parfois les yeux ouverts, parfois les yeux fermés.

L’expérience a pour but d’étudier l’adaptation sensorio-moteur dans l’espace. Comment fait votre cerveau pour adapter sa stratégie de contrôle des mouvements et de l’équilibre dans ces conditions de l’apesanteur très étrangères ?

Toute nouvelle avancée dans la compréhension du fonctionnement de notre cerveau peut nous aider à traiter des personnes atteintes de troubles neurologiques ou ayant des blessures.

 

L+3 Samantha Cristoforetti mange des asperges réhydratées

 

Bon, les chercheurs de l’expérience « Blind and Imagined » tireront des conclusions rigoureuses des données, mais je prends assurément du plaisir à observer les tours que me joue mon cerveau. Par exemple, lorsque je me déplace le long du plafond, mon cerveau pense que c’est le sol, donc lorsque je dois tourner dans un module latéral, je suis toujours tentée de faire un virage incorrecte car mon cerveau pense que c’est de l’autre coté. Or, parfois je dois faire un effort conscient pendant une seconde ou deux pour comprendre où je me trouve : est-ce le sol, le plafond, un mur ? Je suis sûre que cela va être plus rapide avec le temps, ou du moins c’est ce que dit Butch. Ah et aussi, hier j’ai pu manger des supers asperges réhydratées, jusqu’à présent mon légume réhydraté préféré venant du Restaurant Self-Service du Node 1 !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

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