L+15 : Le recyclage de l’urine ou comment transformer le café d’hier en café de demain

L+15 : Lundi 8 Décembre 2014

Aujourd’hui j’ai pu de nouveau flotter jusqu’à l’ATV, cette fois-ci en prenant avec moi un grand réservoir plein de saumure.

Qu’est-ce que la saumure, vous demandez-vous peut-être ? Disons-le de cette façon : la saumure est ce qui reste quand nous avons fini de « transformer le café d’hier en café de demain », comme l’a fameusement dit mon collègue astronaute Don Pettit (pas sûr s’il citait quelqu’un d’autre !).

Comme vous le savez sans doutes, à bord nous recyclons l’urine grâce à une installation appelée Ensemble de Traitement de l’Urine (Urine Processing Assembly) ou UPA. Vous mettez l’urine venant des toilettes dans l’UPA et vous obtenez deux produits : un qui deviendra de l’eau potable après un traitement supplémentaire dans le système de récupération de l’eau (Water Recovery System) et puis les déchets, un concentré de tous les trucs de votre urine que vous ne voulez vraiment pas retrouver dans votre future tasse… hem, sachet de café.

La saumure est recueillie dans le réservoir de recyclage : lorsque celui-ci est plein, nous le retirons et l’emmenons jusqu’à l’ATV pour le transférer dans l’un des gros réservoirs de liquide – bien sûr, une fois que nous avons terminé le pompage de l’eau qui pourrait avoir été transporté dans l’ATV dans ce réservoir spécifique !

 

L+15 Samantha dans l'ATV a coté d'un réservoir de saumure

 

Seules les toilettes du Node 3 sont directement connectées à l’ensemble de traitement de l’urine. Dans les toilettes du Module de Service, la plupart du temps utilisées par nos coéquipiers russes, l’urine est recueillie dans un réservoir. Bien sûr, pour notre balance d’eau à bord, nous devons traiter cette urine également, donc périodiquement des réservoirs pleins d’urine se matérialiseront dans un emplacement temporaire de stockage dans le Node 1 et nous transférerons progressivement l’urine dans l’UPA.

Si vous êtes de ceux qui trouvent cela un peu inquiétant, voire dégoûtant, essayez de considérer cela de cette façon : notre vaisseau spatial Terre est, entre autre chose, un UPA géant. Nous n’avons tout simplement pas l’habitude de penser à l’histoire précédente de ces molécules d’eau dans notre boisson, ça n’aurait pas beaucoup de sens, n’est-ce pas ? Dans l’ISS nous n’y pensons pas non plus !

Soit dit en passant, je dois plaider coupable et admettre qu’aujourd’hui je n’ai pas du tout contribué à la balance de l’eau. Mais c’est pour une bonne raison : la science ! Je fais une collecte des urines sur 24h, donc nous devrons enlever de notre eau de bord, tous mes tubes remplis, qui sont maintenant congelés dans le Melfi. C’est l’une de ces choses à propos desquelles vous êtes un peu nerveux la première fois, car c’est facile de mettre la pagaille en apesanteur, mais je suis heureuse de dire que cela s’est avéré être sans problèmes et facile !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

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