L+151 à L+154 : Des vers C. Elegans pour comprendre l’atrophie musculaire dans l’espace

L+151 à L+154 : Jeudi 23 à Dimanche 26 Avril 2015
(écrit par Sam le Mardi 28 Avril)

Après avoir travaillé sur un certain nombre de nouvelles expériences en début de semaine, j’ai passé la plupart de ma journée de jeudi à travailler sur les opérations de cargo, principalement en déballant ces sacs gigantesques dont je vous ai dit plus tôt que nous les retirons du Dragon et les stockons provisoirement dans la Station pendant que nous déballons la science urgente.

On ne peut jamais prévoir le temps que cela prendra pour déballer un sac juste en regardant le nombre d’éléments qu’il contient : peu d’éléments peuvent prendre longtemps si les emplacements de rangement sont difficiles. Disons, par exemple, que vous devez faire tourner un rack pour accéder à un compartiment de stockage qui est localisé dans la partie incurvée à l’arrière du rack, celle qui est contre la coque cylindrique d’un module.

La rotation d’un rack en elle-même n’est pas compliquée, mais souvent vous devez déplacer des choses qui se trouvent sur le chemin de la rotation : sacs, câbles, ordinateurs, appareils photos… puis les remettre une fois que c’est terminé. Imaginez que vous voulez faire tourner une partie de votre mur à la maison pour accéder à une pièce secrète  à l’arrière, sauf que vous avez plein de choses attachées au mur et au plafond !

Travail sur la fixation des deux premières cultures de C. Elegans : dans l'une, les larves poussent en apesanteur, la seconde culture a été mise dans une centrifugeuse pour simuler les conditions de gravité terrestre.

Travail sur la fixation des deux premières cultures de C. Elegans : dans l’une, les larves poussent en apesanteur, la seconde culture a été mise dans une centrifugeuse pour simuler les conditions de gravité terrestre.

 

Bref, je vous dois quelques mots sur l’expérience « Nematode muscle » sur laquelle j’ai travaillé la semaine dernière. Tout d’abord, veuillez s’il vous plait accueillir de nouveau nos bons vieux amis, les C. Elegans dans la Station Spatiale Internationale. Oui, grâce à leur composition génétique très bien comprise, ces minuscules vers sont un organisme modèle très populaire, sur et hors de la planète ! Vous vous rappelez l’expérience Epigenetics ?

Mais parlons de cette nouvelle expérience. Comme son nom l’indique, il est question de muscle et en particulier d’atrophie musculaire. Il est très clair maintenant que l’atrophie musculaire est une conséquence des vols spatiaux et c’est logique intuitivement, mais nous ne comprenons pas encore les mécanismes biologiques fondamentaux qui mènent à la perte de masse musculaire.

Vous voyez, nous les astronautes pouvons contrer ces effets négatifs en faisant de l’exercice physique chaque jour, car nous sommes en bonne santé. Mais qu’en est-il des personnes malades qui sont alitées ? Comprendre les mécanismes moléculaires qui causent l’atrophie musculaire pourrait être utile pour trouver des moyens de les aider ! Comme souvent en sciences, l’expérience « Nematode muscle » est la suite d’expériences qui ont été réalisées lors des précédentes recherches spatiales.

 

Le produit final : deux tubes de fixation prêts pour le stockage à -98°C dans notre congélateur MELFI !

Le produit final : deux tubes de fixation prêts pour le stockage à -98°C dans notre congélateur MELFI !

 

L’équipe a déjà établi il y a quelques années que si vous envoyez des C. Elegans dans l’espace, ils auront une concentration en protéine réduite dans les muscles et dans le cytosquelette (les « os » des cellules). De plus, fait tout à fait intéressant, leur métabolisme va basculer vers un mode d’économie d’énergie. Maintenant, la question est : comment ces cellules reçoivent les signaux qui induisent ces changements ? Comment le message est transmis ? Et, pour ceux d’entre vous qui sont dans la biologie, j’ajouterai que la signalisation insuline/IGF-1, en particulier, sera étudiée, afin de voir si elle peut expliquer à elle seule les changements métaboliques. Ou peut-être, au contraire, il y a davantage de choses qui permettent de comprendre la façon dont les cellules « ont le message ». Fascinant !

Le week-end, soit dit en passant, était plutôt calme ici. Nous avons même eu la plupart du vendredi libre pour récupérer de deux semaines de travail d’affilées, ce qui était agréable. Terry et moi rentrons à la maison dans tout juste deux semaines et il y a encore beaucoup à faire pour conclure notre vie dans la Station Spatiale et tenir les choses prêtes pour accueillir les prochains habitants de notre avant-poste dans l’espace.

PS : Grand merci à Dmitry Meshkov (compte twitter : @AstroDingo, NdlT) qui traduit dorénavant ce journal en Russe, en commençant par les articles les plus récents.

Et bien sûr, remerciements renouvelés pour les traducteurs italien, français, espagnol et allemand du #SamLogbook pour leur incroyable travail continu. Vous êtes top !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. 
Auch auf Deutsch, en Español, и Русский
Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

 

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