Léonard et les Anges Gardiens

Article par Samantha Cristoforetti

Si jamais vous avez la chance de visiter le Laboratoire de Flottaison Neutre de la NASA (NBL) – et cela vaut bien une visite – vous remarquerez sur le mur de la salle de contrôle principale une peinture aux couleurs vives. Sur le côté gauche se trouve une représentation inhabituelle de l’Homme de Vitruve de Léonard De Vinci, lequel par un effet de fondu devient un être humain prenant la même pose, mais habillé d’une EMU blanche d’astronaute. C’est l’Extravehicular Mobility Unit (Unité Mobile Extra-véhiculaire), ou simplement « la combinaison ».

Une partie du NBL. La salle de contrôle est sur la droite et vous pouvez voir le tableau sur le mur. (Photo avec la permission de l'astronaute de la NASA Reid Wiseman)

Une partie du NBL. La salle de contrôle est sur la droite et vous pouvez voir le tableau sur le mur. (Photo avec la permission de l’astronaute de la NASA Reid Wiseman)

J’aime la façon dont cette peinture établit un lien entre les vols habités et Leonard, un personnage qui a exploré le potentiel du génie humain en ingénierie, art et observation de la nature. J’aimerais pouvoir en quelque sorte dire à Leonard qu’aujourd’hui non seulement nous avons des machines volantes – bien que totalement différentes de celles qu’il envisageait – mais que les Hommes peuvent même « marcher » dans l’espace. Et je souhaiterais qu’il puisse voler à bord de la Station Spatiale et utiliser son talent pour raconter et décrire l’histoire de ces êtres humains là-haut.

Je pense que ce qui manque, cependant, dans le dessin d’origine de Leonard, c’est le lien entre les personnes, l’idée d’un effort collectif. La peinture du NBL, au contraire, est un hommage à l’équipe, et en particulier à des personnes très spéciales : les plongeurs du NBL.

La peinture sur la salle de contrôle du NBL (Credit : NASA)

La peinture sur la salle de contrôle du NBL (Credit : NASA)

Les plongeurs sont nos anges gardiens dans l’eau. Tout d’abord ils sont en charge de notre sécurité et sont entraînés avec rigueur pour répondre de façon rapide et efficace à tout cas d’urgence lié au costume pour protéger la vie et la santé des gars ou des filles qui leur sont confiés.

Secouristes en cas d’urgence, les plongeurs contribuent à fournir aux astronautes une formation douce et efficace dans les cas nominaux des entraînements aux EVA. En résumé, c’est sur leurs épaules que repose la tâche de rendre l’écart le plus petit possible entre l’entraînement dans le bassin et l’apesanteur.

Alors, comment font-ils cela ? Tout d’abord avec une bonne pesée, le processus d’ajouter ou retirer des poids et des blocs de mousse à différents endroits de la combinaison pour la stabiliser dans l’eau. Lorsque je suis dans la combinaison, j’apprécie vraiment ces moments, car je peux me détendre lorsque les plongeurs me font tourner dans différentes directions pour identifier les tendances résiduelles de la combinaison à pivoter.

Les plongeurs effectuant la pesée initiale au début de la séance (Credit : NASA)

Les plongeurs effectuant la pesée initiale au début de la séance (Credit : NASA)

Une autre astuce pour tromper la gravité dans la piscine est d’utiliser des substituts basses-fidélités des outils et des pièces de rechange qui ont une flottabilité neutre, tant que cela reste compatible avec les objectifs de l’entraînement. Par exemple, vous avez peut-être remarqué que les astronautes qui effectuent des sorties dans l’espace transportent un outil Power Grip (PGT), rangé sur leur coté droit. Dans la piscine nous transportons un PGT factice plus léger pendant les déplacements. Lorsque nous en avons besoin, nous l’échangeons rapidement contre un PGT plus fidèle qui peut effectivement enfoncer des fixations. Oui, c’est ce que le plongeur est entrain de faire sur la peinture.

Tout au long de la séance, les plongeurs aident en permanence à compenser le poids des outils haute-fidélités et des unités de remplacement ou à stabiliser les combinaisons dans les orientations qui s’avèrent être instables dans l’eau à ce moment-là. Ils opèrent les caméras sous-marines qui enregistrent l’action et fournissent les images à la salle de contrôle. Et ce sont une grande source de commentaires précieux et de suggestions, car nombre d’entre eux ont supporté un nombre incalculable de séances d’entraînement aux EVA depuis de nombreuses années au NBL.

20120618 Sam dans le NBL

Les plongeurs nous prennent en charge lorsqu’on nous descend dans l’eau. Pour une séance de six heures, ils travaillent pendant trois quarts de deux heures, avec les plongeurs du premier quart qui reviennent en général pour le troisième quart.

Aussi, n’oubliez pas que les combinaisons dans la piscine sont alimentées avec du Nitrox et de l’eau de refroidissement venant de la surface via les cordons ombilicaux. Les plongeurs manœuvrent les cordons hors de notre route et parfois ils nous demandent de lâcher la structure et ils volent autour d’un module ou d’une poutrelle pour les re-router. J’aime ces courtes interruptions occasionnelles du travail difficile. Non seulement je me réjouis de me reposer pendant une minute ou deux, mais je profite énormément de la vue plongeante sur la Station Spatiale qui est sous l’eau offerte par le survol rapide. C’est un privilège immense de pouvoir m’entraîner dans le NBL. Si ce n’était pas pour la combinaison, je me pincerais probablement de temps en temps.

 

 

 

Cet article a été écrit par Samantha Cristoforetti, l’un des six astronautes recrutés par l’Agence Spatiale Européenne en 2009. Leur groupe a été baptisé les Shenanigans. Vous pourrez lire la version originale de cet article en anglais sur le site de l’ESA ici : Leonardo and the guardian angels

 

 

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