Pourquoi nous entraînons-nous avec l’ATV ?

Article par Luca Parmitano

 

Luca est assis à la console de l'ATV durant l'entraînement au Centre des Astronautes Européens, Cologne, Allemagne (Credit : Lionel Ferra)

Luca est assis à la console de l’ATV durant l’entraînement au Centre des Astronautes Européens, Cologne, Allemagne (Credit : Lionel Ferra)

Le véhicule de transfert automatisé (ou ATV) développé par l’ESA est le fleuron du programme des vaisseaux cargo de l’ISS. Pas de doutes à ce sujet : même si je ne suis qu’un débutant, je l’ai entendu dire tellement de fois par des astronautes et des cosmonautes expérimentés que j’en ai été très vite convaincu.

A peu près aussi grand qu’un bus à impériale londonien, l’ATV a plus que sa taille elle-même pour nous étonner. C’est le seul véhicule cargo qui reste amarré à la Station pendant six mois, augmentant ainsi considérablement son volume habitable : pour les astronautes et les cosmonautes présents sur une longue durée, c’est un luxe bienvenue.

 

 

L'ATV3 s'approchant de l'ISS pour l'amarrage (Credit : NASA)

L’ATV3 s’approchant de l’ISS pour l’amarrage (Credit : NASA)

Il transporte toute sorte de cargaisons sèches et humides, l’air, les autres gaz, le carburant (et une guitare qui a été spécialement modifiée afin que je puisse la prendre en orbite, même si ces modifications n’incluent pas un bouton magique pour me faire bien jouer).

Grâce à ses moteurs puissants et au fait qu’il s’amarre dans l’axe principal de la Station, il peut effectuer des reboosts pour aider à stabiliser l’ISS sur son orbite ou des DAMs (des Manoeuvre d’Evitement de Débris) qui de temps en temps sont effectuées afin d’être absolument sûr qu’aucun « débris spatial » dangereux ne frappe le laboratoire orbital.

Par dessus tout, après son lancement, il voyage pendant des millions de kilomètres pour finalement s’amarrer de manière entièrement automatisée – grâce à la technologie de guidage européenne – avec une précision d’environ un centimètre. En tant que pilote et en tant qu’astronaute entraîné à réaliser manuellement le même amarrage dans un vaisseau Soyouz, je suis très impressionné.

Luca, pendant son entraînement au Centre des Astronautes Européens, Cologne, Allemagne (Credit : Lionel Ferra)

Luca, pendant son entraînement au Centre des Astronautes Européens, Cologne, Allemagne (Credit : Lionel Ferra)

Donc, la question que je poserais si j’étais de l’autre côté de ce blog est : « S’il fait tout de façon automatisé, quel type d’entraînement est nécessaire, le cas échéant ? ». Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a besoin de pas mal s’entraîner, voyons voir pourquoi.

Quand je dis que l’ATV fait tout automatiquement, Je ne veux pas dire de façon indépendante : pendant toutes les phases de vol – lancement, séparation, vol autonome, amarrage, vol amarré, desamarrage – une équipe d’ingénieurs basés à Toulouse au Centre de Contrôle Columbus (Col-CC), étudie toutes les données de télémétrie et ils sont capables d’ajuster et de contrôler tous les aspects du vol. Cependant, dans la toute dernière partie des phases de rendez-vous et d’amarrage, lorsque l’ATV est déjà très proche de la Station, l’ordinateur de bord est responsable de tout : alignement, vitesse, altitude, commande du moteur. L’ATV est même chargé de vérifier que tout va bien : au cas où il détecterait un problème, son propre ordinateur interne réagirait pour prévenir n’importe quel problème de sécurité. les ingénieurs auraient toujours la possibilité d’envoyer des commandes juste au cas où quelque chose ne fonctionne toujours pas, mais dans l’ensemble l’ATV fonctionne maintenant de manière indépendante.

Le logo de l’ATV Albert Einstein, le 4ème Véhicule de Transfert Automatisé

Grâce à tout ceci, cela donne l’impression que l’équipage à bord de la Station a très peu à faire, à part attendre que les marchandises arrivent. En réalité, de leur point de vue, l’équipage surveille en permanence le vaisseau à travers les caméras vidéos de la station et sont également capables d’envoyer des commandes à l’ATV : Hold (c’est à dire, arrete-toi où tu es), Retreat (retourne au dernier point de passage (waypoint en anglais)) ou Abort (éloigne-toi aussi vite que possible!). Lorsque l’ATV est à moins de 11m, l’équipage a l’entière responsabilité de surveiller et prendre des mesures – Les commandes venant de la Terre n’arriveraient pas à temps pour être efficaces, donc l’équipage à bord de l’ISS est en charge de cela. Nous nous entraînons pour lire correctement les paramètres de télémétrie  et pour réagir rapidement si quelque chose devait mal tourner. Les choses peuvent devenir vraiment excitantes, car beaucoup de choses peuvent se produire dans un temps très court : le couloir dans lequel l’ATV doit se maintenir est très petit, et les paramètres que l’on doit lire, et auxquels on doit réagir, sont nombreux. C’est pourquoi il faut deux personnes pour réaliser cette tâche délicate avec des responsabilités très distinctes et c’est pourquoi cela utilise un peu de gestion des ressources d’équipage (Crew Resource Management, CRM) pour bien les réaliser.

Une fois l’ATV amarré, il doit être préparé pour la phase de vol amarré – cela demande de s’assurer qu’il n’y a pas de fuites, que l’atmosphère n’est pas contaminée, et que tous les systèmes sont opérationnels. Tout ceci demande également de l’entraînement.

L'ATV amarré à la Station Spatiale Internationale (Credit : NASA)

L’ATV amarré à la Station Spatiale Internationale (Credit : NASA)

Après cela, les activités nominales comme le transfert de la cargaison sèche, le transfert de l’eau, les opérations de gaz, tout requiert de l’entraînement pour apprendre à le faire correctement et de façon sécurisée, en prenant en considération les différences entre l’ATV, les autres modules et les autres vaisseaux cargo. Inévitablement, une partie très importante de l’entraînement inclut ce qu’il faut faire en cas d’urgence – feu ou dépressurisation – tout le cheminement pour un désamarrage très rapide. Le désamarrage requiert également de l’entraînement, car il y a une certaine interaction entre l’équipage à bord et le Col-CC, et les procédures doivent être suivies correctement et rapidement – deux mots qui vont rarement bien ensemble!

Toute la formation a lieu à Cologne, où nos instructeurs de l’ESA font de leur mieux pour nous enseigner toutes les particularités de l’ATV – puis nous avons un examen final à la Cité des Etoiles, puisque l’ATV s’amarre au segment russe de l’ISS.

Quand j’ai commencé la formation sur l’ATV, je ne pouvais m’empêcher de penser « Cela va être du gâteau! ». Mais le gâteau a tourné au vinaigre très rapidement lorsque j’ai essayé de tout voir d’un coup et de me souvenir ce qu’il fallait faire et comment le faire : j’ai réussi à chaque fois à envoyer la mauvaise commande au mauvais moment ou bien j’ai omis de le faire, la sueur dégoulinant de mon front hyper-concentré. J’ai été alors convaincu que l’entraînement ATV était nécessaire.

 

Cet article a été écrit par Luca Parmitano, l’un des six astronautes recrutés par l’Agence Spatiale Européenne en 2009. Leur groupe a été baptisé les Shenanigans. Vous pourrez lire la version originale de cet article en anglais sur le site de l’ESA ici : Why do we train with ATV ?

 

 

2 commentaires

  • Chère collègue,
    En tant que traducteur professionnel pour les langues en question je certifie par la présente que la traduction est correcte et en conformité avec le texte original en langue anglaise.

    Il faut souligner que les abbréviations anglaises (ESA, ISS, ATV) sont parfaitement acceptables comme elles sont courantes dans des textes en langue française. Au site internet de l’ESA (= ESA Portal France) on peut lire: « l’Agence spatiale européenne (ESA) ».

    Avec mes meilleurs compliments,
    PC0101

    • Anne

      Merci cher collègue 😉

      On en a déjà parlé, je ne mérite pas tous ces compliments, mais ça fait quand même plaisir donc je les accepte :)))

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