AuroraTweetup, Jour 3 !

Sortie en snowmobileTroisième jours sur place. Cela nous donne l’impression d’y être depuis au moins une semaine. Les journées sont si longues qu’elles comptent facilement pour deux. On ne dort pas plus de 5-6h par nuit. Mais cela vaut le coup de se priver de sommeil.

Alors que nous sommes au fin fond de l’Arctique avec des températures en dessous de -20°C (voire même -30°C hier soir), d’autres personnes sont à des latitudes beaucoup plus clémentes. En effet, au même moment se déroule au Maroc une simulation Mars-analogue. Cette simulation a été mise en place par le Forum Autrichien de l’Espace (Österreichisches Weltraum Forum) et doit permettre de faire des expériences et de tester pendant 4 semaines des technologies qui pourront être utilisées lors d’un voyage sur Mars. Ce vendredi matin a donc eu lieu une connexion via Google Hangout entre « Mars » et l’Arctique intitulée « #AuroraTweetup meets #SimulateMars ». Nous avons pu échanger les uns avec les autres pendant plus d’une heure sur nos expériences respectives. A quand une vraie connexion en direct de Mars ? (Bon, ça serait compliqué : à cause de la distance Terre-Mars il faudrait attendre 40mn entre la question et la réponse :))

Puis est venu le moment de m’équiper pour une sortie en motoneige. Il est prévu de réaliser un trajet de 3 heures à travers la taïga finlandaise. Avant de démarrer nous devons nous vêtir d’une épaisseur supplémentaire : une combinaison que nous mettons par dessus tous nos autres vêtements. Nous enfilons également une balaclava (une cagoule qui ne laisse passer que les yeux) et un casque avec visière. Ainsi vêtus, nous sommes parés pour une chevauchée sauvage. Nous sommes deux par engin. Notre guide nous explique les commandes du motoneige et nous fait faire à chacun un tour de chauffe sur le lac gelé se trouvant au bas de l’hôtel. Il nous avait bien dit de faire attention à l’accélérateur qui était très sensible… Je ne l’ai pas manipulé suffisamment doucement et je fais décoller l’avant de la machine au moment de démarrer ! Cela m’a un peu refroidie pour le reste du test. C’est avec soulagement que je passe le guidon à mon mari et nous pouvons commencer le voyage.

Un policier finlandais parle avec notre guide (Credit photo : @justbe74)

Un policier finlandais parle avec notre guide (Credit photo : @justbe74)

Quelques minutes après notre départ, alors que nous nous trouvons au milieu d’un lac gelé, nous devons nous arrêter. Nous ne comprenons pas tout de suite pourquoi, puis nous réalisons que deux personnes en motoneige sont venues à notre rencontre. Nous comprenons qu’il s’agit de policiers. Ils veulent contrôler l’alcoolémie de tous les conducteurs ! C’est sans doutes la chose le plus surréaliste que j’aie jamais vécu. Je me suis demandée si c’était pour le « folklore » et pour amuser les touristes ou bien si c’était vraiment réel. Mais cela semblait réel. Chaque policier était muni d’une arme qui ne semblait pas être un jouet en plastique. L’un après l’autre, chaque conducteur a dû « souffler dans le ballon ». Je me demande ce qui explique ces contrôles. Y-a-t-il eu par le passé des cas d’accidents causés par des conducteurs de motoneige ivres ? Il faut le croire. On ne badine pas avec l’ivresse au volant en Finlande… y compris au guidon de motoneiges.

Puis nous redémarrons. La colonne composée de cinq motoneiges, plus le guide, progresse à travers la forêt entre les arbres, sur des chemins pas plus larges que la largeur du motoneige. C’est parfois très périlleux. Comme je suis passagère, j’essaye d’observer le paysage à travers ma visière, mais je stresse un peu car je sais qu’on peut facilement se renverser sur le côté (Cela nous est d’ailleurs arrivé). Nous sommes les derniers de la colonne. Lorsque le relief le permet, nous fonçons à toute vitesse, et je suis souvent ballottée sur ma selle. Mais le paysage est magnifique.

Le groupe en motoneige

Je peux mieux l’observer lorsque nous nous arrêtons. Le froid est toujours présent. Pas loin de -25°C je pense. Il est midi passé et le soleil est bas sur l’horizon, dans un ciel clair et pur, loin de toute pollution. La neige scintille et lorsque nous arrêtons les bécanes, nous entendons le silence. Nous avons envie de chuchoter pour ne pas le troubler.

 

Puis à 13h30 nous nous arrêtons pour le déjeuner. Le guide transporte avec lui de quoi faire un pique-nique dans la neige. Nous devons rassembler des branches mortes pour faire le feu. Une fois celui-ci allumé, nous pouvons commencer à préparer notre repas.

Le pique-nique sera donc composé de toasts grillés au feu de bois, entre lesquels nous mettrons de la viande de rennes avec une sauce aux champignons le tout cuit dans des poêles posées sur le feu. Royal et délicieux ! Une boisson chaude à base de fruits rouges nous réchauffe d’abord les mains puis l’intérieur du corps lorsque nous l’avalons.

Piquenique dans la neige

Le lieu de notre pique-nique ne se situe qu’à 2km de la frontière russe. Je me souviens de ces photos d’astronautes lors de leur entraînement de survie dans l’hiver Russe et je me dis que ce qu’ils doivent endurer est pire encore : Nous, nous allons retrouver la chaleur et un endroit douillet d’ici quelques heures alors qu’eux doivent rester près de trois jours dont deux nuits à dormir dehors dans le froid.

Rivière presque gelee

Après cette pause bienvenue, nous reprenons la route. Le soleil n’est pas loin de se coucher, il nous reste encore moitié du trajet à faire, soit au moins 1h30 de motoneige. Le guide nous arrête sur un pont qui passe au dessus d’une rivière partiellement gelée. Le paysage est magnifique une fois de plus. Nous nous arrêtons longuement pour prendre des photos, malgré nos doigts gelés, puis nous repartons.

Quelques minutes plus tard, sur ma gauche je vois le soleil entrain de se coucher. Cela m’interpelle, un rayon rouge monte à la verticale du soleil. Je n’avais jamais vu ça auparavant. Comme nous sommes en route et qu’il vaut mieux éviter de distraire le conducteur et risquer de nous renverser ou nous planter sur un bas-coté (oui, je ne me sentais pas rassurée à l’arrière :D), je préfère ne rien dire et je continue à l’observer. Le guide finit par nous arrêter et tout le monde peut alors observer ce phénomène. Il s’agit d’un pilier solaire (ou sunpillar en anglais). Cela ne se produit que dans les régions très froides, lorsque des cristaux de glace sont en suspension dans l’atmosphère, les rayons de soleil se reflètent dedans et forment ce rayon si particulier.

Sunpillar

 J’ai l’impression que le phénomène était encore plus impressionnant quelques minutes plus tôt lorsque nous roulions. Je réalise après coup la chance que nous avons eu de pouvoir l’observer. Si nous étions à l’hôtel, nous ne l’aurions probablement pas vu (ce qui fut le cas du reste du groupe). Nous étions au bon endroit au bon moment.

Nous avons eu un peu de mal à quitter le soleil des yeux. Mais au bout d’une bonne dizaine de minutes, nous avons fini par enfourcher de nouveau nos bécanes et poursuivre notre chemin. La route était encore longue avant de revenir à notre point de départ. Partis à 11h30 passés, de retour à près de 16h, la balade a finalement durée plus de 4h.

De retour à l’hôtel, je retrouve une partie du groupe assis confortablement dans les fauteuils de la salle de restaurant. Je leur raconte nos péripéties (les policiers qui nous ont arrêté, le pique-nique au feu de bois, les paysages magiques que nous avons traversés) tout en m’affalant moi-même dans un fauteuil.

 Photo de groupe dans l'hotel

Les nuages aperçus pendant le retour du circuit en motoneige ne se sont pas déchirés pendant que nous dînions. Ils se sont même épaissis. Les deux soirs précédents ayant été au-delà de nos espérances, et après la journée passée au grand air, je n’avais pas trop de regrets de ne pouvoir observer les aurores cette nuit-là. Ce voyage était déjà un succès pour moi. Afin de donner sa chance malgré tout au ciel de se découvrir, nous sommes restés dehors assis autour d’un feu de bois.

Feu de camp a l'hotel

Une partie du groupe autour d’un feu de bois, attendant que les nuages disparaissent (Crédit : Martin Stojanovski)

Certains se sont essayés à réaliser des photos artistiques à l’aide de lampes de couleur.

Star Wars version laponne

Star Wars version Laponne 🙂 (Crédit : Martin Stojanovski)

Charlie's Angels : le remake

Charlie’s Angels : le remake 😀 (Crédit : Martin Stojanovski)

Quant à moi, ne voyant pas trop d’intérêt à rester dehors vu le froid, vu la couleur du ciel (complètement couvert à ce moment-là, il tombait même des touts petits flocons de neige) et vu mon état de fatigue, j’opte pour l’option « se coucher tôt ». C’est donc vers 23h que je regagne l’appartement et que je m’endors très vite.

Un peu avant 4h du matin, Remco vient nous réveiller : « Venez vite dehors, quelque chose de très spécial est entrain de se produire ! ». Il n’en fallait pas plus pour aiguiser notre curiosité. D’ailleurs il ne nous en dit pas plus. Juste qu’on doit se dépêcher de venir, que c’est quelque chose qu’on n’a jamais vu auparavant. Une petite décharge d’adrénaline m’aide à complètement me réveiller et je pense que je n’ai jamais été aussi rapide à enfiler mes 4 couches de vêtements. En cinq minutes je suis prête à sortir.

D’abord mes yeux ne voient rien de spécial. Après quelques secondes ils s’accoutument et c’est en allant vers un endroit plus sombre tout en scrutant le ciel que j’aperçois quelque chose d’étrange. Tous les nuages ont disparus, cependant le ciel n’est pas limpide. Il est envahi d’une lumière verdâtre caractéristique d’une aurore, mais qui ne se comporte pas comme celles que nous avons vues précédemment. Pas du tout facile à décrire. Vous imaginez que quelqu’un dans l’espace laisse tomber sur Terre de la poudre par paquets. La poudre pénètre dans l’atmosphère avant de disparaître. Ce que nous voyons c’est ça : Des « paquets » d’aurore qui se forment et disparaissent aussitôt. Comme il n’y a pas qu’un paquet mais des dizaines en même temps qui ne se forment pas à la même seconde, cela crée un ciel qui change constamment de secondes en secondes. Cela est même tellement rapide, qu’on ne peut pas vraiment capturer le phénomène en photo : le temps de pose est de toutes façons trop long. Il y a eu environ 4 jours auparavant une éruption solaire qui a projeté des particules dans l’espace. Nous pensons donc que c’est le résultat de cette éruption que nous avons sous les yeux.

Aurores boreales "en poudre"

Sur cette photo, nous devinons les « paquets de poudre ».

Lorsque Remco nous a réveillé, le phénomène durait déjà depuis une heure. Nous sommes restés dehors pendant deux heures à observer et photographier le ciel. L’ambiance était magique : nous n’étions que cinq levés dans la cour de l’hôtel à ce moment-là (Remco, Martin, Marion, mon mari et moi), éclairés par les lumières jaunes des lampes de l’hôtel, nous ne parlions pas fort pour ne pas réveiller les autres résidents. Je pense que cela restera l’un de mes meilleurs souvenirs du voyage. J’ai été impressionnée de voir la quantité de satellites qui sont passés au dessus de nos têtes. Sur certaines photos, nous avons compté jusqu’à 7 traces (sur un temps d’exposition de 30 secondes environ).

Sur celle-ci nous remarquons au moins 3 traces de satellites

Sur celle-ci nous remarquons au moins 3 traces de satellites

Et une petite dernière pour la route prise avec mon hybride (Les photos ci-dessus sont prises par mon mari avec un appareil beaucoup plus performant).

Aurores boréales en poudre 3

Vers 6h du matin nous retournons nous coucher pour une paire d’heures, heureux d’avoir été réveillés par Remco. Cela en valait vraiment la peine. Grâce à lui c’est le carton plein : trois nuits sur place, trois nuits d’observation !

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