L+8, L+9 : Ne pas manger, boire ou se brosser les dents avant de récolter des échantillons de salive !

L+8, L+9 : Mardi 2 décembre 2014

Ma deuxième semaine à bord de l’ISS a démarré et c’est le moment de commencer la collecte d’échantillons pour quelques expériences de physiologie humaine : Microbiome et salivary markers.

Ce matin au moment de me lever et d’ouvrir mon emploi du temps sur le pc portable (idéalement situé à 10cm de mon nez dans mon coin couchage), j’ai trouvé un rappel amical inséré juste après l’heure du réveil : ne pas manger, ne pas boire ou se brosser les dents avant de recueillir les échantillons de salive !

J’avais déjà eu une activité de courte durée hier : rassembler tout l’équipement nécessaire, que j’avais alors stocké dans mes quartiers d’équipage, donc tout était prêt pour prendre trois échantillons, une collecte que je répéterai quotidiennement au cours des sept prochains jours.

Une seconde activité courte sur mon calendrier contenait l’emplacement où je devais stocker les échantillons de salive. Autrement dit, ils vont dans le congélateur dans les 30 minutes qui suivent la collecte, mais où exactement ? Nous avons trois congélateurs MELFI à bord, chacun a quatre tiroirs, chaque tiroir comporte quatre sections et chaque section a de multiples boites de rangement. Comme c’est un congélateur et qu’il faut beaucoup d’énergie pour le garder refroidi, chaque fois que nous ouvrons la porte, nous ne voulons pas la garder ouverte pendant plus de 60 secondes. Ça vaut la peine de prendre le temps d’être vraiment sûr de l’emplacement où vont les échantillons. C’est particulièrement crucial pour la récupération, bien sûr, lorsque vous avez besoin de trouver rapidement ce que vous avez besoin de transférer à l’extérieur du MELFI et probablement dans un sac isotherme pour le transport vers la terre.

Demain matin, d’ailleurs, je vais aussi avoir une prise de sang. Comme c’est ma première, l’un de nos formateurs médicaux sera à la console à Houston, prêt à m’aider et à répondre à toutes mes questions.

Mes entraîneurs physiques étaient également là aujourd’hui, prêt à me faire un retour sur mes séances d’exercices supervisés sur l’ARED : c’est quand vous installez une caméra et que les entraîneurs peuvent regarder en temps réel la façon dont vous faites vos exercices et vous faire des suggestions.

La proprioception dans l’espace est tout à fait différente et vous pourriez être en train de faire vos exercices de façon incorrecte sans le réaliser, menant à une efficacité réduite ou même à des blessures.

Il faut assurément du temps pour s’habituer à l’ARED : par exemple, lorsque vous faites un squat, non seulement vous bougez la barre vers le haut, mais vous poussez aussi vers le bas la plateforme sur laquelle se trouvent vos pieds. Et l’ensemble de la machine se déplace librement sur trois axes (c’est le moyen d’éviter de faire peser une charge sur la structure de l’ISS) : les premières fois où j’ai fait des squats, j’avais le sentiment, après chaque répétition, que la machine me forçait à tomber en avant.

Quoiqu’il en soit, aussi dure que soit votre séance d’entraînement, au moment où vous vous allongez sur le dos sur la plateforme pour faire des développés-couché ou des crunchs (abdominaux, NdlT), une chose est sûre : vous avez la meilleure vue qu’une salle de gym n’aura jamais. Vous faites directement face à la Cupola et vous voyez la planète à travers les fenêtres !

Parmi les nombreuses autres activités de ces deux derniers jours, j’en ai eu une qui était particulièrement amusante : je devais retirer un connecteur dans un endroit difficile d’accès dans le cône d’extrémité du Lab (le laboratoire US, NdlT) et pour cela j’ai dû baisser la trappe avant du Lab. C’est quelque chose d’assez important, en fait : nous conservons toujours les trappes ouvertes, pour des raisons de sécurité. Dans ce cas, même si je n’ai pas verrouillé la trappe, mais seulement abaissé, nous devions être sûr que tout le monde était dans le Lab, ou à l’arrière de celui-ci, c’est à dire que personne n’était coupé de notre véhicule de secours (notre Soyouz) dans le cas peu probable où, pour une raison quelconque, la trappe serait restée coincée dans la position abaissée.

 

L+9 Samantha Cristoforetti dans le laboratoire US de l'ISS

 

Sur la photo vous pouvez voir la trappe abaissée, alors que je vole pour atteindre le connecteur. En outre, sur le coté droit, vous pouvez voir l’un des congélateurs MELFI avec ses quatre tiroirs circulaires.

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

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