L+141->144 : Le Dragon avait du retard, mais il y a toujours du travail à faire là-haut

L+141->144 : Lundi 13->Jeudi 16 Avril 2015

Bon, comme vous l’avez peut-être entendu, L’arrivée du Dragon a été reportée de plusieurs jours. Si le lancement avait eu lieu lundi, en ce moment il serait déjà amarré au Node 2 et nous aurions déjà ouvert la trappe et commencé à sortir la cargaison urgente.

Mais bon, dans le secteur de l’espace, la flexibilité est primordiale ! Le lancement a été déplacé d’une journée, ce qui a retardé l’arrivée à l’ISS de deux jours… c’est la mécanique orbitale et les angles de phase pour vous.

Mais si vous pensez que nous avons eu deux jours de libre en attendant que le Dragon vienne frapper à notre porte, je crains que vous ne connaissiez pas les gens qui dirigent les opérations de l’ISS : ils ont toujours un plan de secours ! Un lancement est retardé ? Voilà, l’ancien plan est retiré, le nouveau plan est ajouté. Prêt ? Partez ! Oui, chaque fois que des choses dépendent fortement d’un événement de nature incertaine comme le lancement d’une fusée, les directeurs de mission, les directeurs de vol et les planificateurs préparent toujours deux plans : cela exige beaucoup de travail supplémentaire au sol, mais ça permet de s’assurer qu’il n’y a pas de gaspillage du temps précieux de l’équipage de l’ISS.

"Prendre juste le tiroir en entier"

« Prendre juste le tiroir en entier »

Dans notre cas, ils avaient des plans assez importants en magasin en cas de report du lancement. J’ai un peu eu ce sentiment-là mardi déjà : quand ils vous donnent une heure entière pour étudier une procédure que vous ferez le jour suivant et ensuite ils vous donnent une autre heure pour rassembler ce dont vous aurez besoin pour cette procédure et puis ils vous disent de ne pas vous embêter à sortir les outils de la boite à outils, de prendre tout le tiroir à la place… lorsque tout cela arrive, vous commencez à penser que vous allez vous salir les mains sur des travaux importants. Ce que j’adore !

Pendant que Terry et Scott étaient occupés avec leur propre activité importante avec les combinaisons EVA, j’ai passé la journée dans le Node 3 à reconfigurer les conduits de ventilation intermodule en préparation du déplacement du module PMM plus tard dans l’année, du Node 1 coté Terre (nadir) au Node 3 coté avant (forward). En gros, nous avons besoin d’une voie pour amener la ventilation au PMM dans son futur nouvel emplacement. Je n’aurais jamais pensé qu’il serait possible de faire tenir tant de sacs plein de matériel dans le Node 3, dans l’espace assez étroit entre l’ARED et la cabine des toilettes, mais cela a fonctionné. Et à deux heures du matin, heure de Houston, les spécialistes au sol étaient prêt à nous aider, avec un modèle de l’équipement pour reproduire les problèmes que nous aurions rencontré. Heureusement, à l’exception de quelques attaches coincées, tout s’est bien passé : bravo à l’équipe pour avoir une procédure si conviviale de prête !

Travail sur le Système de Culture Modulaire Européen dans Columbus

Travail sur le Système de Culture Modulaire Européen dans Columbus

Le report de l’arrivée du Dragon a également libéré un peu de temps pour travailler sur le Système de Culture Modulaire Européen dans Columbus. J’ai dû désinstaller un certain nombre de modules appelés Rotor Based Life Support Systems – des boîtes autonomes qui sont attachés sur les rotors de cette installation. Elles vont prendre la direction de la Terre à bord du Dragon et elles seront remises en état et réexpédiées dans le futur pour porter assistance à de futures expériences sur les plantes.

Ah, j’ai aussi travaillé un peu sur un Kubik, la centrifugeuse/incubateur autonome que nous utilisons parfois dans Columbus pour des expériences sur des cultures de cellules. J’ai achevé l’expérience Stem Cells Differentiation (Différentiation des Cellules Souches, NdlT) en déplaçant les conteneurs de l’expérience dans un emplacement réfrigéré et en envoyant les données Kubik au Sol. Comme son nom l’indique, cette expérience étudie les cellules souches mésenchymateuses qui peuvent se différencier en plusieurs types de cellules pour construire de l’os, de la graisse, du cartilage, des muscles, des tendons. Maintenant, si vous êtes une cellule souche et que vous avez tout ce choix, comment savez-vous en quoi vous allez vous différencier ? Qu’allez-vous devenir lorsque vous allez « grandir » ? Cela dépend du type de signal que vous recevez des dénommées molécules de signalisation. La Vitamine D est l’une de ces molécules de signalisation et en particulier nous savons qu’elle indique aux cellules souches de se différencier en cellules osseuses. La perte osseuse est un gros problème en microgravité, comme vous le savez, donc cette expérience observe l’efficacité du signalement de la Vitamine D en comparant la différenciation des cellules souches en présence ou en absence de Vitamine D. Plutôt cool, non ?

Au fait, je ne sais pas combien de lumière du soleil vous recevez là où vous vivez (nous n’en avons pas beaucoup là-haut), mais si vous ne l’avez pas déjà fait et que vous en avez l’occasion, lors de votre prochaine prise de sang ça ne peut pas faire de mal de vérifier votre niveau de Vitamine D !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. 
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Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.

 

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