L+200 : Contrôles d’étanchéité dans le Soyouz – 4ème Partie

Ceci est la quatrième entrée d’une série de journaux qui reviennent sur le départ, l’atterrissage et la réadaptation !

L+200 : Jeudi 11 Juin 2015

[suite] Se sangler dans le Soyouz n’est pas aussi rapide qu’attacher sa ceinture de sécurité : l’espace est exigu, la position inconfortable, certaines des sangles sont difficiles à atteindre. En outre, comme je l’ai appris pendant notre contrôle d’étanchéité du Sokol, être en apesanteur n’arrange pas les choses, puisque votre corps ne reste pas en place dans le siège. Donc j’étais contente lorsque tout a été fini : les tuyaux d’oxygène et de ventilation attachés, les câbles biomédicaux et de communication connectés, les sangles des épaules et des genoux attachés. Je ne les ai pas serrés, puisqu’il y avait encore plusieurs heures avant la mise à feu de désorbitation et notre rentrée dans l’atmosphère. En dépit de l’effort physique pour se sangler, je n’avais pas encore trop chaud dans le Sokol, donc je n’ai pas allumé la ventilation de la combinaison, profitant de quelques minutes supplémentaires de calme.

La chère voix familière de notre instructeur Soyouz, Dima, s’est faite entendre à travers la radio. Il sera notre interlocuteur « espace-sol » depuis Moscou aujourd’hui, tout comme il avait été notre « voix du centre de contrôle » pendant des centaines d’heures dans le simulateur à Star City. Il m’a demandé quel était le statut des opérations d’enfilage de la combinaison et je lui ai rapporté que j’étais sanglée et qu’Anton aidait Terry dans le module orbital. Puis, sur l’écran commandes-et-contrôles, j’ai sélectionné la page qui indique les paramètres techniques de notre véhicule. Tout semblait bon, excepté notre niveau de CO2 qui était plutôt élevé, proche de 4 millimètres de mercure. J’allais le signaler, mais le Centre de Contrôle de Moscou l’avait évidemment déjà remarqué sur la télémétrie : Dima m’a demandé par radio d’activer tout de suite notre épuration de CO2, un peu plus tôt que prévu sur la check-list.

Encore quelques annonces concernant la pression venant de Terry et Anton que j’ai retransmises à Moscou, et le contrôle d’étanchéité était jugé terminé et réussi : le désamarrage de l’ISS était sûr. En fait, je devrais ajouter que nous avions aussi réalisé un contrôle des propulseurs d’orientation quelques jours avant le désamarrage. En premier, les contrôleurs de vol avaient mis l’ISS en mode dérive, ce qui signifie que la Station autorisait son orientation à être modifiée légèrement par les mises à feu des propulseurs du Soyouz, sans essayer activement de compenser ces perturbations. Puis Anton et moi nous nous étions installés dans nos sièges dans le Soyouz, nous avions configuré nos systèmes Soyouz de sorte que les commandes manuelles contrôleraient les mises à feu des propulseurs, et Anton avait fait dévier les contrôleurs les uns après les autres sur les six degrés de liberté, nous permettant de nous assurer qu’ils réagiraient correctement à toutes les entrées de commande, à la fois dans le circuit de contrôle primaire et dans celui de secours.

 

A partir de cette capture d'écran de notre vidéo de décollage, vous pouvez voir comme c'est exigu dans le Soyouz !

A partir de cette capture d’écran de notre vidéo du décollage, vous pouvez voir comme c’est exigu dans le Soyouz !

 

Revenons au jour du départ, c’était maintenant au tour de Terry de se sangler dans le siège. Dans les minutes suivantes, Anton nous a également rejoint dans le module de descente, fermant la trappe qui nous séparait du module orbital.

Une fois tous sanglés, nous avons enfilé nos gants et avons fermé le casque pour commencer le contrôle d’étanchéité de nos combinaisons. Nous avons d’abord tourné la valve bleue du régulateur sur nos poitrines en position fermée et le simple flux de ventilation de nos ventilateurs a gonflé nos combinaisons, juste légèrement. Puis Anton a lancé un rapide compte-à-rebours de cinq secondes à la suite duquel il a démarré le chronomètre pendant que j’ouvrais la valve qui envoyait un flux d’oxygène dans nos combinaisons. Nous avons chacun surveillé, sur notre manomètre au poignet, l’augmentation de la pression dans la combinaison et nous avons signalé lorsque nous atteignons 0,1 atm et 0,35 atm, de sorte qu’Anton puisse inscrire les « temps de remplissage ». Le sol suivait en même temps puisque nous avions verrouillé en position ouverte le bouton de transmission avant de démarrer le contrôle d’étanchéité. Après que chacun de nous ait atteint 0,35 atm, nous avons laissé la combinaison se dégonfler, en contrôlant le taux du flux avec la valve du régulateur, afin de donner le temps à nos oreilles de compenser la chute de pression. Puis nous avons ouvert notre casque et j’ai fermé la conduite d’approvisionnement venant des réservoirs d’oxygène. Nous ne retirerons plus les gants jusqu’à l’atterrissage.

Bonnes nouvelles : toutes nos combinaisons se sont « remplies » dans le délai requis,  réussissant le contrôle d’étanchéité. Un autre obstacle potentiel sur notre planning de départ était derrière nous !

 

Cette note est la suite d’une longue série de notes de Samantha Cristoforetti, astronaute italienne de l'ESA, qui a entrepris l’écriture d’un journal de bord quotidien relatant son entraînement pour sa mission spatiale à bord de l'ISS. Samantha s'est envolée de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz le 23 novembre 2014 et est rentrée sur Terre le 11 Juin 2015.
La version anglaise (originale) peut être consultée sur son compte Google+ et la traduction italienne sur le site AstronautiNEWS. 
Auch auf Deutsch, en Español, и Русский
Toutes les photos postées proviennent de son journal de bord sur son compte Google+.
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5 commentaires

  • Xavier Chauvin

    Bonjour Anne.
    L’essai de pression des combinaisons monte à 3,5 atmosphères (c’est bien dans la version anglaise aussi) ? Cela me paraît énorme, c’est la pression à 35 m de profondeur sous l’eau ! Avez-vous une explication ?

    • Bonsoir Xavier,

      je viens de vérifier, et c’est bien ce qui est indiqué dans la version anglaise : « We each monitored the increase of suit pressure on our wrist manometer and reported when we reached 0,1 atm and 3,5 atm, so that Anton could write down the “filling times”. »

      Voici le lien si tu veux revoir la phrase dans son contexte : https://plus.google.com/+SamanthaCristoforetti/posts/hjD2LZup9ei

      J’ai pas d’explication, mais je peux tenter d’en obtenir une 🙂

      Cdlt,

      Anne

      • Xavier Chauvin

        Oui, merci. C’est peut-être une « typing mistake » de Samantha et ce serait plutôt 0,35 atm ? Il serait intéressant d’avoir une idée de la durée de l’opération. Merci d’avance.

        • C’était bien 0,35 atm qu’il fallait lire. J’ai fait la modification dans la traduction, Samantha va la faire plus tard dans son logbook 🙂 Heureusement qu’il y en a qui suivent 😉 Merci !

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